Les invités internationaux

Jeux de rôles autour du congrès confédéral

En décidant d’envoyer trois nouveaux militants au congrès de Tours, le syndicat Santé-Sociaux de Vendée a dû repenser toute sa préparation de congrès. Avec un bilan positif sur toute la ligne.

Ghislaine, Bruno et Grégory sont revenus «hypercontents» du 47e congrès confédéral de Tours. C’était la première fois que les trois militants du syndicat Santé-sociaux de Vendée participaient à un tel événement. À 51 ans, Ghislaine Rautureau, technicienne d’intervention sociale et familiale et élue CE de l’Association d’aide à domicile pour tous (ADT), est adhérente CFDT depuis plus de vingt ans, mais n’avait jamais assisté à un congrès de structure. Bilan : «une expérience intense, enrichissante, fatigante !» Bruno Lamy, secrétaire de la section CFDT à l’hôpital psychiatrique de La-Roche-sur-Yon, 41 ans et 3 ans d’adhésion à son actif, avait déjà vécu le congrès de l’Union régionale des Pays de la Loire, mais attendait avec impatience son premier congrès confédéral. Il n’a pas été déçu ! Tout comme Grégory Huchet, 36 ans – «un vieux jeune!», plaisante-t-il –, secrétaire adjoint de la section CFDT de l’hôpital départemental de Vendée.

Impliquer, outiller, accompagner. Pourquoi envoyer trois «néophytes» à un congrès confédéral ? «Le syndicat veut impliquer davantage les jeunes arrivants», explique Alain Bosseau, son trésorier. L’idée n’est pas sans arrière-pensée : au regard de sa pyramide des âges, le syndicat se doit de préparer une nouvelle génération de responsables (lire ci-dessous) et profite d'un développement en progression pour intégrer les nouveaux adhérents.

«On a essayé de faire en sorte qu’ils soient le mieux outillés possible pour ce congrès», raconte Yvonnick Grelier, secrétaire du syndicat. La commission mise en place pour proposer des amendements au projet de résolution a suggéré un jeu de rôle au conseil syndical : mener un débat d'amendement à la façon du congrès. L'occasion de mettre les trois militants en situation et de favoriser l’appropriation des textes de congrès par un maximum de conseillers.

C'est l’amendement sur l’allongement sous conditions de la durée de cotisation qui a été débattu. «On a fait voter les conseillers au préalable. Puis Grégory a été chargé de défendre la suppression du paragraphe. Pour ce faire, il a recherché dans les écrits de la CFDT, mais aussi des autres organisations syndicales. Ghislaine était chargée de défendre l'amendement. Et moi, je portais la position confédérale.» Au terme de cet exercice pratique de congrès, les conseillers ont été appelés à voter à nouveau. «C’était pour leur montrer que les débats peuvent faire évoluer les positions et qu’il faut laisser une marge de manœuvre aux porteurs de mandats», commente Yvonnick. Ainsi, l’ensemble du conseil syndical a pu voir comment fonctionne un congrès confédéral.

Pédagogie et démocratie. Les conseillers se sont pris au jeu. Ils ont débattu des principaux amendements et voté par Internet sur les 22 mis en débat. «À ma surprise, le taux de retour a été bien supérieur à ce qu’il est habituellement, indique Yvonnick. Les conseillers se sentaient impliqués dans l’exercice. Ça permet à chacun de se responsabiliser et de voir que son vote est important.» Pour le secrétaire du syndicat, l’enjeu est de taille : «La préparation de congrès est indispensable pour notre démocratie, mais nous avons une difficulté à intéresser les militants. Il faut renouveler le genre. Ça peut être une piste à approfondir.»

Au-delà de cette pratique de pédagogie et de démocratie, ce jeu de rôle a permis de lever «l’appréhension» de Grégory : «Le travail de congrès est compliqué ; ça permet d’acquérir des mécanismes, alors que je ne suis un militant actif que depuis trois ans.» «Le fait d’avoir eu cette préparation me libérait d’un certain poids et me permettait d’être plus disponible pour les débats pendant le congrès», abonde Bruno qui juge rétrospectivement qu’il «faut avoir un minimum de connaissances de ce qu’est un congrès, à quoi ça sert et comment fonctionne la CFDT, sinon, on n’y comprend rien».

Pleinement intégrés à la délégation vendéenne, qui comptait quatre autres «primo-congressistes», Ghislaine, Bruno et Grégory ont également apprécié les rencontres de ce congrès confédéral. «Ça nous a permis de connaître des gens d'autres syndicats», se félicite Ghislaine. «Avec la secrétaire générale de la fédération, Nathalie Canieux, on a abordé les problématiques de notre champ professionnel, raconte Bruno. C’est bien d’avoir ce sentiment de proximité. Il y a une hiérarchie, mais on peut dire des choses, prendre position.» Comme Grégory, il a beaucoup apprécié la rencontre avec Gaby Bonnand, «très chaleureux, à l’écoute. C’est bien d’avoir l’expérience de gens comme lui sur des pratiques et des valeurs. C’est important pour nous de comprendre comment l'action syndicale et les revendications se sont développées à la CFDT». Tous trois ont également été marqués par la présence d’Edmond Maire et l’accueil fait par la salle à Bernard Thibault : «Ça montre une ouverture d’esprit à l’image de la CFDT», juge Grégory.

De la section au syndicat. Une image très positive. «Ça m’a conforté dans mes idées et dans ce que j’attends de la CFDT, glisse Ghislaine : démocratique, approfondie, ouverte.» Pour Bruno, «le congrès a concrétisé le principe de fonctionnement démocratique prôné et permis d’éclaircir les positionnements politiques de la CFDT ainsi que son influence dans les débats de société». En septembre, une restitution en conseil syndical permettra de revenir sur les décisions du congrès.

La table ronde sur le développement durable a interpellé Bruno. «Je n’avais jamais pensé qu’il pouvait y avoir un lien avec l’action syndicale.» Pour sa section, il pense déjà à impliquer une collègue – adhérente depuis un an – sensibilisée à ces questions : «Ce serait intéressant qu’un membre de l’équipe se spécialise sur le développement durable et voie ce qui peut se faire dans notre domaine.» Grégory, lui, a désormais envie de «s’investir plus au niveau du syndicat, voire de l’Union départementale (UD)» : «Ça donne une vision politique du syndicalisme qu’on n’a pas dans notre quotidien.» Tous seraient partants pour le prochain congrès, mais se disent prêts à céder à leur tour leur place à de nouveaux venus. «Par souci d’équité».

Le renouvellement militant, un défi à anticiper

Depuis deux ans, le syndicat Santé-sociaux de Vendée prépare le passage de relais d’une génération à l’autre au niveau de l’exécutif. Ce qui lui laisse deux autres années pour accompagner la prise de responsabilité des nouveaux venus.

Pour les Santé-sociaux de Vendée, l'équation est simple. D'un côté, les responsables approchent de l'âge de la retraite: d'ici deux ans, le secrétaire du syndicat, le trésorier et le responsable juridique vont passer la main. De l'autre, la dynamique de développement du syndicat – qui a franchi cette année la barre des 1 000 adhérents, malgré une pyramide des âges défavorable – a permis de voir affluer de nouveaux militants.
Seule solution : anticiper le passage de relais d'une génération à l'autre. «Lors de notre dernier congrès, nous avons décidé de préparer progressivement le renouvellement de ces postes.» Pour Yvonnick Grelier, secrétaire des Santé-sociaux 85, il n'était pas question «de laisser la structure en difficulté par manque d'anticipation». L'exécutif a donc identifié les personnes dont le travail et les résultats dans les sections laissaient présager la capacité à prendre des responsabilités au sein du syndicat. «La formation Repères (lire ci-dessous) a été une vraie aide pour repérer et mettre en évidence des potentiels, souligne Yvonnick. Pour certains militants, ça a été le déclic.»

Un référent pour chaque section. L'identification d'un potentiel de nouveaux responsables a également été rendue possible par la politique de suivi des sections du syndicat. Pour chacune, un référent permet de «maintenir le lien avec le syndicat». De plus, le conseil a été élargi de sorte que chaque section ait au moins un représentant. «Personne ne reste à la porte du fonctionnement du syndicat», se félicite Yvonnick.
Ces pratiques, très en phase avec la troisième partie de la résolution, se sont imposées quasiment par nécessité. «Aujourd'hui, on a une activité pléthorique qui n'est pas toujours compatible avec une vie personnelle ou professionnelle. Or si on veut encourager des jeunes militants à prendre la main, il faut voir comment on peut mieux répartir les tâches au niveau de l'ensemble du syndicat.» C'est de ce constat que sont issues les notions de référence et de suivi des sections : «Pour mieux répartir la charge de travail, il faut impliquer un maximum de militants.»

L’ambition… et les moyens. Pour Yvonnick, qui avait indiqué dès sa prise de fonction qu'il n'irait pas au-delà de deux mandats, cela a été une aide pour trouver un successeur potentiel : «Le candidat est un jeune papa qui, comme moi, veut garder un pied dans la vie professionnelle. Pour lui, c'est rassurant de savoir que tout ne repose pas sur le secrétaire du syndicat.» Mais, nuance, Anne-Flore Marot, secrétaire générale de l’UD Vendée, «au-delà d’avoir l’ambition de renouveler, il faut en avoir les moyens. Faute de temps syndical, la délégation de responsabilité est plus difficile dans le secteur privé».
Fin novembre se tiendra le congrès extraordinaire du syndicat Santé-sociaux 85, qui entérinera le passage de relais entre deux générations de responsables. Ce qui laissera deux ans aux actuels responsables pour accompagner les nouveaux venus dans leur prise de fonction.



La formation Repères, accélérateur de responsables

Conçue pour les exécutifs de l’interpro, la formation Repères, mise en place par l’Union régionale des Pays de la Loire, se décline désormais pour les exécutifs de syndicats. Le dispositif vise un double objectif : permettre à de nouveaux militants de prendre des responsabilités et accompagner la fin de mandat et le reclassement des responsables d’exécutifs. La formation s’articule en trois sessions centrales, un temps de travail intersession autour d’un projet et une évaluation finale. Elle permet par ailleurs de mettre en réseau les futurs responsables. L’approche en entonnoir permet aux participants de travailler sur le fonctionnement et les revendications de la CFDT, le rôle du syndicat comme structure politique de base et le rôle de chacun en son sein. «C’est un cheminement qui permet de comprendre le sens de nos règles internes et donne envie d’être acteur de l’évolution des pratiques et des structures», note Céline Chatelier, responsable Pratiques syndicales et Formation à l’Uri. Fin 2010, 200 militants issus de 50% des syndicats de la région, seront passés par le dispositif. Avec, à la clé, «une dynamique collective au sein du syndicat et des militants plus à l’aise, notamment en intersyndicale et auprès des adhérents».

 
 
Aurélie Seigne - 16 juillet 2010 © CFDT