Accueil chaleureux pour Bernard Thibault
Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a été accueilli jeudi sous les applaudissements nourris des délégués, signe selon lui de «l’approbation d’une démarche qui est à la fois unitaire et revendicative, offensive, combative» quant à la réforme des retraites. François Chérèque a insisté sur le fait que «le sujet des 60 ans, ce n’est pas le plus petit dénominateur commun, c’est un élément central», estimant «évident qu’il y a des approches qui, sur certains points, ne sont pas les mêmes» que celles de la CGT. Mais selon le secrétaire général de la CFDT, «ce choix des 60 ans fait bouger tout le reste, donc le consensus entre nous s’élargit». Pour Bernard Thibault, «quand il y a un projet de loi que l’on considère néfaste, on n’attend pas d’être d’accord sur les solutions pour essayer de le rejeter». Les deux leaders syndicaux ont souligné l’importance de la journée de mobilisation du 24 juin afin de peser face à la vision gouvernementale de la réforme des retraites.
Ils ont été responsables de la CFDT

Comme il y a quatre ans, à Grenoble, Nicole Notat, aujourd’hui présidente de Vigeo, était présente à Tours lors de la réponse de François Chérèque, de même qu’Edmond Maire, qui a incarné la CFDT pendant dix-sept ans, de 1971 à 1988. Jean Kaspar, qui n’a pu être présent pour des raisons d’emploi du temps, a envoyé un message d’amitié au congrès.
Parmi les anciens secrétaires nationaux présents à Tours, les congressistes ont pu reconnaître, entre autres, Odile Beillouin, Jacques Chérèque, Yvonne Delemotte, Jean-Paul Jacquier, Rémy Jouan, Jean-René Masson, Jacques Moreau, Jean-Marie Toulisse, Jean-François Trogrlic et Annie Thomas, qui a quitté la Commission exécutive le 1er janvier pour occuper les fonctions de conseillère sociale à l’ambassade de France à Madrid.
Standing ovation pour Guy Ryder
Est-ce pour son humour « so british » ou bien pour ses qualités de dirigeant syndical international hors pair ou encore pour le travail fourni lors la création en 2006 de la Confédération syndicale internationale (CSI) que Guy Ryder a reçu une « standing ovation » ? C’est assurément pour ces trois raisons. Le leader du mouvement syndical international quittera son poste de secrétaire général de la CSI lors du prochain Congrès à Vancouver du 21 au 27 juin. Ce dernier discours, devant la CFDT, revêtait donc une émotion et un caractère tout particulier.
Pour autant, cet ultime message du premier des syndicalistes de la planète a rappelle ce qu’il avait déjà dit lors des congrès précédents : « Ce modèle de mondialisation économique n’est ni juste ni durable, […] ce sont les travailleurs qui paient les frais de cette crise avec leurs emplois, leurs pensions, parfois avec leurs maisons ». Il dénonce l’incurie des ministres des Finances du G20 réunis dernièrement en Corée « incapables de se mettre d’accord sur les principes de base de la réglementation financière et encore moins sur un impôt international sur les transactions financières ».
Offensif, Guy Ryder revendique, « avec la CFDT », que ces mêmes responsables politiques à défaut d’avoir évité la crise, reconnaissent la nécessité de « maintenir les politiques de relance avec l’emploi comme priorité absolue, […] de fermer les casinos des marchés financiers où des millions de dollars sont peut-être gagnés mais où des millions d’emplois sont perdus ».
Pour conclure et avant de souhaiter « bon vent » à la CFDT, Guy Ryder a dit son bonheur d’avoir vu son mandat coïncider avec celui de François Chérèque : « C’était une chance pour moi et pour la CSI. »
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Sur la Web-TV du congrès • Le discours de Guy Ryder en vidéo (jeudi 10 juin) • La retransmission de l'intégralité du 47e congrès en différé et toutes les vidéos à la demande |
L’Europe face à la crise
Le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) a rappelé lors de son discours mercredi 9 juin : « L’heure est grave un peu partout en Europe. Vingt-trois millions de chômeurs et pour beaucoup, peu de perspective d’espoir. » Il n’a pas manqué de fustiger les « gouvernements qui sont tombés sur la tête », cédant à la panique « en prenant des mesures d’austérité qui auront des conséquences économiques et sociales gravissimes ».
Car, insiste-t-il, ces mesures d’austérité sont injustes, elles vont « couper les ailes à la reprise économique et risquer de provoquer un appauvrissement général, et cela dans un contexte mondial où d’autres pays continuent à avoir des taux de croissance très forts ».
Pour John Monks, il existe d’autres alternatives. Des propositions concrètes seront d’ailleurs adressées la semaine prochaine par les syndicats au Conseil européen. Priorité à la croissance, grâce notamment au développement des politiques industrielles fortes innovantes et durables.
Après avoir mentionné l’urgence de renforcer la coordination fiscale européenne, le secrétaire général de la CES a été particulièrement applaudi lorsqu’il a évoqué la question d’une taxe sur les transactions financières : « Nous devons nous attaquer une bonne fois pour toutes à la réglementation financière. Les marchés ne doivent plus jamais avoir la possibilité d’imposer leur diktat à la politique. »
Alors que la croissance, aujourd’hui, ne se fait plus en Europe mais à l’extérieur de celle-ci, John Monks a ensuite fait appel au sens des responsabilités des leaders politiques européens : « Lorsqu’un pays est en difficulté, il faut faire preuve immédiatement de solidarité au lieu d’attendre. La façon dont a été gérée la situation grecque a été très risquée pour l’euro et pour l’Europe. »
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Sur la Web-TV du congrès • Voir (ou revoir) le discours de John Monks en vidéo (mercredi 9 juin) La retransmission de l'intégralité du 47e congrès est disponible sur la page d'accueil. |
Alejandra Angriman de la CTA (Argentine)
« L’échec du modèle capitaliste a conduit à la crise financière de 2001. Celle-ci a considérablement impacté la population. Près de 50 % de personnes ont connu une précarisation avec des conséquences multiples : augmentation de la pauvreté ; externalisation des activités des entreprises ; explosion du secteur informel. Les femmes, les jeunes sont les premières victimes de cette crise. Les entreprises ont procédé également à des réductions de salaires, des modifications de contrats de travail qui touchent fortement les conditions de vie des salariés.
Nous n’attendions rien des gouvernements Kirchner [Nestor à partir de 2003 puis Cristina depuis 2007], ce n’est pas un gouvernement pour les travailleurs. Ils n’ont pas remis en cause ce système de démocratie restreinte qui délègue trop de pouvoir aux politiques et s’avère insuffisant pour répondre aux problèmes des travailleurs. Il n’y a pas eu de mesures pour endiguer la faim et la pauvreté. La CTA veut construire une démocratie sociale participative qui consulte la population sur des questions essentielles telles que le développement durable, les conditions de vie, le système sanitaire.
Par ailleurs, la CTA est très active au niveau du Mercosur. Elle préside actuellement la coordination qui regroupe les centrales syndicales de tous les pays membres. Elle s’est renforcée dernièrement avec l’adhésion du Venezuela, de la Bolivie et du Chili. L’activité de cette coordination syndicale fortifie la démocratie. La fin de l’ALCA (accord de libre commerce des Amériques) en est un des symboles et une vraie victoire pour le mouvement syndical sud-américain. »
Valeir Ertle de la CUT (Brésil)
« Sous la présidence de Lula, de nombreux secteurs ont évolué positivement tels que l’éducation, la santé ou l’assistance sociale. Il reste des points à améliorer. C’est le cas du contrôle notamment dans le domaine du travail. Il manque de nombreux fonctionnaires pour lutter efficacement contre le travail des enfants et le travail esclave. Ils devraient être 5 ou 6 fois plus nombreux et notamment dans le Nord du pays où ces fléaux sont répandus. C’est une des revendications du mouvement syndical brésilien.
Cette lutte dépend aussi des États [il y en a 27 au Brésil]. Certains responsables politiques ne souhaitent pas la faire avancer. C’est le même problème avec la sécurité publique qui dépend en partie des États et des municipalités. On arrive à des situations paradoxales telles que celle de São Paulo. C’est l’État le plus riche du Brésil et la police y est parmi les plus mal payées du pays. Conséquence : il y a beaucoup de corruption. C’est vraiment plus facile de corrompre une police mal payée ! Heureusement, certaines municipalités parviennent à mener une politique sécuritaire nécessaire et efficace notamment lorsqu’elle est concomitante avec un travail social de repérage des populations difficiles.»
Duarte Barreto de Fedina (Inde)
« Fedina est une ONG qui tente de promouvoir la syndicalisation en Inde, notamment dans le secteur informel, qui concerne 93% des travailleurs. Certains syndicats travaillent dans ce secteur pour améliorer les salaires et les conditions de travail. L’idéal serait de formaliser ces emplois mais le gouvernement refuse d’agir. Ainsi, dans les usines de confection, les employeurs n’établissent jamais de contrats de travail alors qu’ils y sont en principe tenus ; mais ils ne sont jamais contrôlés. Les seules avancées dans ce domaine se résument à une prise de conscience de plus en plus vive des ouvriers. Mais certains n’osent pas revendiquer, de peur de perdre leur emploi.
En Inde, le taux de syndicalisation dans les zones rurales est quasi-nul, aussi notre action s’adresse-t-elle également aux ouvriers agricoles. Ici, pas de chômage mais des sous-emplois, ces ouvriers ne trouvant de travail qu’entre 80 et 120 jours par an. Lors d’une campagne menée de 1995 à 2005 par une dizaine d’organisations, dont Fedina, nous avons demandé des postes pour ces personnes sur des chantiers publics. Une loi adoptée en 2005 a finalement octroyé 100 jours de travail par an et par famille (un seul membre) pour un salaire supérieur au salaire minimum (100 roupies par jour). Désormais, nous utilisons cette loi pour promouvoir la syndicalisation, pour changer le rapport de force entre capital et travail. Même si nous avons réussi à former plusieurs syndicats d’ouvriers agricoles, le taux de syndicalisation reste faible.
Les discriminations liées aux castes continuent, les travaux sales et difficiles sont toujours réservés aux intouchables. Certains partis politiques de gauche commencent pourtant à s’engager sur cette question, contrairement aux syndicats. Etrangement, notre Constitution abolit la discrimination mais pas le système des castes, pourtant les deux sont liés ! »
Mohammed Al Saraheen de la PGFTU (Palestine)
« La situation à Gaza est un désastre. Des douzaines d’enfants, de personnes âgées meurent chaque jour faute de médicaments. Il n’y a pas d’eau potable et peu de nourriture. C’est une vraie crise humanitaire depuis 3 ans et le début du blocus.
Les salariés palestiniens de Gaza mettent souvent 2 à 3 heures pour aller à leur travail en Israël en raison des checkpoints et du mur. Près de 70 000 salariés se sont vus refuser l’entrée en Israël, ils n’ont pas reçu l’autorisation. Tous les déplacements entre les villes sont très difficiles. D’autre part, près de 30 000 salariés palestiniens travaillent dans les colonies israéliennes dans des conditions de travail déplorables, souvent sans assurance sociale et parfois même ils ne sont pas payés du tout.
Je souhaite que l’Europe, les États-Unis et tous les défenseurs de la liberté mettent la pression sur le gouvernement israélien pour libérer notre pays, il faut que cesse l’occupation de la Palestine et les violations des résolutions des Nations unies. »
Kabalo Pinchas Pini, Joseph Murciano, Victor Elgressy de Histadrout (Israël)
« Après la crise mondiale, la reprise et la croissance s’annoncent mais l’écart entre les riches et pauvres s’accroit. De nombreux travailleurs pauvres vivent en dessous du seuil de pauvreté. Heureusement, Histadrout est dans une position forte dans la négociation qui s’ouvre avec le patronat et le gouvernement israélien. La Centrale compte près de 700 000 membres sur une population active de 2,5 millions de personnes. Nous nous sommes renforcés avec l’adhésion de nombreux travailleurs de grandes entreprises qui jusque-là ne se syndiquaient pas. Parmi les salariés étrangers qui travaillent dans le pays, il y a 50 000 Palestiniens. Nous reversons depuis 2008 50 % de leurs cotisations à la PGFTU (la centrale palestinienne).
Cette position de force de la Histadrout, consolidée par une coalition interne entre plusieurs tendances, créée un climat social désamorçant les conflits, favorable aux salariés et à l’activité économique. Nous avons obtenu une augmentation des salaires de 5 % ainsi que des dispositions protégeant les salariés des licenciements. Mais nous devons encore nous préoccuper des plus pauvres en réévaluant le salaire minimum. Nous sommes actuellement en négociation avec le gouvernement qui souhaite le relever progressivement tandis que nous souhaitons une augmentation plus rapide.
Concernant le conflit israelo-palestinien, Histadrout est reconnue par le mouvement syndical international, c’est une chose. Le gouvernement israélien et sa politique dans les territoires occupés, c’est une autre chose. »
Michel Tremblay de la CSN (Confédération des syndicats nationaux) du Québec
« Avec un taux de syndicalisation qui avoisine les 42% (presque 100% dans le public), l’un de nos enjeux est de redynamiser le syndicalisme. Nous constatons que, depuis quelques années, les gens militent autrement, notamment via les réseaux sociaux sur internet. Notre défi est donc de redonner des espaces de parole, mais surtout inculquer les bases du syndicalisme aux jeunes, et ce dès l’école. Ces derniers ne réalisent pas toujours que beaucoup d’acquis sociaux sont le résultat de combats syndicaux.
Nous subissons également les conséquences de la crise qui, associée à la hausse du dollar canadien, a aggravé la situation économique. Dans le secteur Pâte et papier, industrie numéro un dans le nord du Québec, la moitié des postes a disparu en cinq ans.
Autre défi pour la CSN (Confédération des syndicats nationaux), le maintien des services publics, qui passe par l’amélioration des conditions de travail. Or, avec la crise financière, le gouvernement québécois s’est désengagé des services publics en favorisant leur privatisation. Car les employeurs de structures publiques, des hôpitaux par exemple, font de plus en plus appel à des agences privées, et le gouvernement ne s’y oppose pas. Le recours au privé coûte en effet moins cher à l’État mais tout le monde n’y a pas accès.
Concernant les retraites, il est probable que le gouvernement engage une réforme pour renflouer les caisses mais aussi parce que nous sommes actuellement confrontés à une pénurie de main-d’œuvre. »
Bernadette Segol d’Uni Europa
« Uni Europa est une Fédération européenne de services, essentiellement privés (commerce, médias…) mais aussi publics (postes, télécoms…). Les services représentent 70% des emplois en Europe, avec de plus en plus d’emplois très qualifiés (banques, technologies de l’information) ou au contraire très peu qualifiés (nettoyage, sécurité privée). Nous constatons une précarisation de plus en plus grande, et notamment un recours aux CDD et aux intérimaires. Par exemple, dans les médias se développent les “faux indépendants”, qui ont un statut d’indépendant mais qui dépendent d’un employeur pour travailler.
Bien sûr, nous défendons aussi les services publics et collaborons régulièrement avec la Fédération européenne des services publics. D’ailleurs, certains secteurs de l’économie ont des missions publiques même si leur financement est privé, comme l’énergie ou les postes.
Mais nous défendons avant tout un intérêt général, une Europe sociale. Trouver une politique commune avec des secteurs aussi variés n’est pas évident. Tous se rendent compte qu’il existe des problématiques communes au public et au privé, par exemple les faux indépendants, la protection des données, les comités d’entreprise européens, etc. On y arrive, mais il faut une sacrée dose de conviction. »
Claude Rolin de la Confédération des syndicats chrétiens (Belgique)
« La Belgique est un des rares pays européens où le plan de relance a été établi par les partenaires sociaux, à partir d’un accord interprofessionnel. Il prévoit un renforcement du pouvoir d’achat, la revalorisation des allocations chômage, notamment du chômage partiel.
Avec les élections fédérales du 13 juin, la crise politique que connaît la Belgique actuellement (entre les francophones et les néerlandophones) a pris le dessus par rapport à la crise sociale, ce que nous regrettons.
Les organisations syndicales sont les seules organisations nationales belges, contrairement aux partis politiques qui sont présents à la fois en Wallonie et en Flandres. Pour nous, la solidarité nationale est essentielle, et nous sommes devenus des éléments de cohésion entre les deux régions.
Parmi les enjeux syndicaux, l’harmonisation des statuts des ouvriers et des employés, et leur amélioration car leurs contrats de travail sont très différents : les premiers sont payés à l’heure, les seconds au mois, les ouvriers sont moins protégés en cas de licenciement, etc.
Comme en France, les préretraites font débat car les partis de droite et le patronat souhaitent restreindre la possibilité de départ anticipé. Nous sommes d’accord pour augmenter le taux d’activité mais cela doit profiter à l’emploi des jeunes et à l’amélioration des conditions de travail. Les préretraites représentent un outil de flexibilité lors de restructurations et la possibilité pour les salariés ayant des métiers pénibles de partir plus tôt. »
Luigi Cal de la CISL (Italie)
« Nous subissons aussi les conséquences de la crise, qui affectent essentiellement l’emploi et les finances publiques. Le gouvernement italien a ainsi entrepris de faire des économies : 12 milliards d’euros cette année, autant en 2011. Ce qui nous préoccupe, c’est la décision de geler les salaires des fonctionnaires pendant trois ans. Nous refusons notamment toute restriction sur les salaires des enseignants et sur les moyens alloués aux écoles.
Pour renflouer les caisses de l’Etat, il suffirait de lutter contre l’évasion fiscale, qui représente près de 120 milliards d’euros par an ! La CISL a négocié avec le gouvernement la mise en place d’un système de traçabilité des biens de luxe pour retrouver les fraudeurs. Nous souhaitons en outre limiter les très hauts salaires de la fonction publique à 120 000 euros par an.
Autre défi pour la CISL : la décentralisation de la négociation, qui se met en place actuellement. Elle nous permettra de négocier localement ou directement dans les entreprises, et plus seulement au niveau national. »
Javier Doz des CCOO (Espagne)
« L’Espagne fait face à une crise très grave due à l’explosion de la bulle immobilière. Le chômage atteint actuellement 20 %, soit 2,3 millions chômeurs de plus pour un total de 4,6 millions d’individus. Heureusement, nous avions négocié avec le gouvernement une prolongation du système d’assurance chômage permettant aux salariés en fin de droits de toucher 400 € par mois pendant 6 mois supplémentaires.
Toujours pour faire face à la crise, nous avions négocié des accords de modération salariale pour le public (0,4 % par an) et le privé (1%). Mais la crise grecque et la réaction tardive chefs d’État européens, à commencer par José Luis Zapatero, alors président de l’Union européenne, ont encore aggravé la situation. Le gouvernement a alors décidé seul d’un plan d’ajustement brutal imposant une réduction du salaire des fonctionnaires de 5 % cette année et d’un gel pour l’an prochain réduisant également de nombreuses dépenses sociales. Quant aux pensions des retraités, elles sont bloquées. Côté investissements, le gouvernement a annoncé une baisse totale de 11 milliards d’euros sur 2 ans.
Nous allons entrer en récession et cette politique va à l’encontre du pacte mondial pour l’emploi visant à protéger les salariés de la crise. La riposte des travailleurs espagnols s’est organisée dans l’unité d’action avec l’UGT et les CCOO. Le 8 juin, près de 250 000 fonctionnaires ont manifesté contre la rupture de l’accord sur la modération salariale. Nous étudions la possibilité d’une grève générale pour la fin juin. Sans aucun doute, les syndicats espagnols prendront une part active dans la journée de mobilisation européenne annoncée pour le 29 septembre lors de votre congrès par le secrétaire général de la CES, John Monks. Et ce, d’autant que nous redoutons une offensive du gouvernement sur les retraites. Il veut porter l’âge du départ à 67 ans au lieu de 65 et le calcul du montant de la pension sur toute la vie au lieu de 15 ans actuellement. »
Alexandra Kramer du DGB (Allemagne)
« Le plan d’austérité annoncé par le gouvernement il y a quelques jours est particulièrement strict. Il prévoit d’économiser 80 milliards d’euros jusqu’en 2014, en réduisant les allocations chômage et familiales, ainsi que les aides aux cotisations des retraites des chômeurs de longue durée, et en supprimant 10 000 postes dans les services publics. Ces mesures nous paraissent injustes et elles arrivent trop tôt car nous sortons tout juste de la crise.
En outre, nous négocions actuellement un salaire minimum pour les intérimaires, dont le nombre augmente avec la crise. Mais ce que nous revendiquons surtout - nous l’avons notamment évoqué lors de notre congrès il y a deux semaines - c’est un salaire minimum pour tous, à hauteur de 8,5 euros de l’heure. Le gouvernement refuse de le mettre en place sous prétexte que cela pourrait fragiliser les entreprises. Mais du coup, c’est l’Etat qui paie pour compléter les bas salaires.
Les retraites ont fait l’objet d’une réforme en 2007. L’âge légal de départ est passé de 65 à 67 ans, ce qui n’a pas manqué de provoquer un conflit sérieux entre les syndicats et le Parti social démocrate alors au pouvoir. Aujourd’hui, avec les Conservateurs au gouvernement, ce serait encore plus dur de négocier. »
Branislav Canak de Nezavisnost (Serbie)
« En Serbie, la crise dure depuis 20 ans mais la crise internationale récente a fait remonter bien des maux en surface. La privatisation du pays a commencé avec Milosevic en 1991 et se poursuit aujourd’hui encore. Il reste 460 entreprises d’État à privatiser qui devraient l’être cette année. En fait, c’est l’État qui est privatisé. De plus, ceux qui se sont enrichis avec ces privatisations ne réinvestissent pas dans le pays, ils mettent leur argent dans des sociétés offshore. La situation politique est très instable. Depuis l’année 2000 aucun gouvernement n’a pu aller jusqu’au bout de son mandat. Cela n’incite pas les investisseurs à venir en Serbie.
Pendant ce temps-là, le chômage grimpe. Il est officiellement de 18 % mais en réalité il est probablement plus proche de 25 %. L’État est le premier employeur du pays. Il emploie 30 % des salariés de la population active ! Le Fonds monétaire international (FMI )a demandé de réduire ce nombre pléthorique de fonctionnaires. Nezavisnost est d’accord avec cela bien que nous ayons de nombreux adhérents parmi eux. Dans le Sud du pays, la situation est encore pire. Le chômage atteint 46 % de la population et 90 % des jeunes de 16 à 25 ans. C’est une catastrophe et les politiciens continuent de promettre un développement qui ne vient pas. Nous avions engagé des négociations sur les salaires, la durée du travail, et plus récemment sur les retraites et le droit de grève. Le gouvernement a purement et simplement suspendu les négociations et imposé sa loi.
Depuis 21 ans, la Serbie tente de créer un nouveau système politique comme tous les anciens pays socialistes. Mais tout ce qu’on a réussi à créer, c’est la corruption. Il existe deux organismes anti-corruption. La première est un Conseil créé en 2001. Il a rendu son premier rapport officiel l’an passé soit 8 ans après sa création. Ce rapport accusait nommément des personnes, il n’a été suivi d’aucun effet. Le second, une agence d’État, ne fonctionne pas. Malheureusement, l’objectif de Nezavisnost de créer, d’abord une démocratie avant d’avancer sur les questions sociales est toujours à l’ordre du jour. »
Vesselin Mitov de Podkrepa (Bulgarie)
« Le grand rêve du peuple bulgare de réintégrer l’Union européenne s’est réalisé au 1er janvier 2007 après un demi-siècle de régime communiste totalitaire. Le pays n’était pas vraiment prêt pour cette intégration sur les plans économiques et financiers.
Ce fut une décision politique. Ceux qui pensaient que l’Union apporterait immédiatement la prospérité et un modèle social performant ont perdu un peu de leurs illusions. Les choses, les lois évoluent mais cela exige du temps. On ne peut pas parvenir au niveau de développement de l’Europe de l’Ouest en trois ans.
De plus, la crise frappe durement la Bulgarie. Nous avions une croissance de 6 à 7 % par an tirée par les secteurs du bâtiment, de la construction, des services et du tourisme. L’Italie, la Grèce et l’Allemagne ont beaucoup investi dans le pays. Mais tous ces secteurs ont été touchés. Le bâtiment et la construction ont chuté de 40 % l’an passé. Le chômage est officiellement de 10% mais avoisine plus vraisemblablement les 15%. En raison de la crise, un million et demi de Bulgares vivant à l’étranger sont rentrés au pays accentuant davantage la pression sur le marché du travail.
Pour autant, la Bulgarie est bien dans l’Union européenne et certaines choses avancent. Les syndicats luttent depuis longtemps contre la corruption. Ils ont dénoncé des privatisations frauduleuses d’entreprises d’État. 84 % de l’économie a été privatisée en 15 ans.
Mais depuis 2009, le gouvernement de centre droit de Boyko Borissov s’active, lui aussi, contre la corruption. Pour la première fois depuis 20 ans, on a vu d’anciens ministres corrompus trainés devant les tribunaux et envoyés en prison. C’est une réelle avancée et cela a permis le déblocage de fonds européens. »
Didier Guénant-Jeanson de l’Usoenc (Nouvelle Calédonie)
« Depuis 2006, l’Usoenc met l’accent sur la lutte contre la vie chère. Une étude de 2008 du cabinet Syndex sur les coûts et les prix montrent que les marges réalisées en Nouvelle Calédonie sont bien supérieures à celles de la métropole. C’était connu du monde économique mais cela a montré l’origine des dysfonctionnements. De plus, l’économie n’est pas contrôlée. Les lois imposant aux entreprises de déposer leurs comptes au tribunal de commerce ne sont pas respectées, pas plus que les amendes infligées pour le non respect de cette règle ! Il existe au moins de 15 taxes à l’entrée sur le territoire protégeant des marchés locaux. L’Usoenc veut une réforme de la fiscalité directe et indirecte par l’instauration d’une TVA, d’une CSG et la mise en place d’un service de contrôle.
Par ailleurs, l’économie calédonienne connait une croissance importante, de l’ordre de 4 à 5 % par an. En 2009 avec la crise, elle est tombée à 3 %. Nous avons signé deux accords importants récemment. Le premier vise à augmenter le salaire minimum de 21 % en 3 ans, il passera de 125 000 (1100 €) à 150 000 francs CFP. Le second touche les bas salaires en général qui progresseront de 15 % en 3 ans.
En 2014, le débat politique sur l’indépendance sera à nouveau au premier plan. Tous les pouvoirs auront alors été transférés, à l’exception des pouvoirs régaliens (armée, justice, monnaie, police). Nous plaiderons pour une solution durable. En attendant, l’Usoenc poursuivra sa lutte pour l’instauration d’une redevance nickel sur chaque tonne de minerai extraite.
En 15 ans, les installations (ports, usines, centrales électriques) liées à cette activité se seront multipliées par trois. Pour nous, elle devrait alimenter un fonds dédié à deux objectifs. 50 % iraient aux générations futures, le minerai n’étant pas inépuisable et les 50 autres à l’équipement du territoire et à la protection sociale. Tout le monde est d’accord avec notre proposition, mais en Calédonie, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, la preuve en est que notre proposition n’avance pas. »
Madeleine Tounkara de la CNTG et Thierno Amadou Sow de l’USTG (Guinée)
« Après les répressions de septembre 2009, la situation s’est relativement stabilisée en Guinée depuis le début de l’année. Les militaires se sont rangés, un gouvernement de transition avec un premier ministre civil a été constitué, l’autorité de l’État a été rétablie et un Conseil national de transition (CNT) assure l’intérim des institutions jusqu’à l’élection présidentielle du 27 juin prochain. Nous espérons qu’elle sera libre et transparente.
En attendant, le CNT a déjà révisé le Code électoral et la Constitution, et travaille à présent sur les lois organiques. Il est dirigé par la secrétaire générale de la CNTG, Rabiatou Diallo, qui s’est mise à disposition pour cette tâche, ce qui pour nous est rassurant. Le mouvement social des Forces vives, auquel appartiennent les syndicats, le patronat, les partis politiques et la société civile, participe également au gouvernement.
Nos deux syndicats travaillent de concert au sein d’une intercentrale. Notre priorité concerne la formation syndicale car nous voulons garantir l’avenir du mouvement syndical guinéen. Dans le cadre d’un partenariat avec la CFDT, nous sommes en train de mettre en place des formations d’animateurs syndicaux, qui auront lieu dès juillet prochain.
La protection sociale dans le secteur public est également une question qui nous tient à cœur. Nous préparons actuellement un projet avec le BIT pour créer une caisse pour les fonctionnaires. Mais cela prendra du temps. »
Éric Picot de l’UIRM (Union interprofessionnelle régionale de la Martinique) CFDT
« Le mouvement du 5 février 2009 se poursuit sous d’autres formes. Pendant 40 jours, ce mouvement social était en lutte contre la vie chère et pour des augmentations de salaires afin que les travailleurs puissent manger correctement. Nous avions créé à cette occasion un collectif regroupant l’Intersyndicale de la Martinique et des associations et mais pas de partis politiques. L’UIRM CFDT s’est particulièrement impliquée dans ce mouvement.
Nous sommes en train de le réactiver pour demander des négociations avec le patronat sur le prix des pièces détachées. Il peut être de 5 à 10 fois plus élevé qu’à Paris. Nous sommes convaincus qu’il y a des profiteurs et nous voulons les démystifier. Dans ce même but, nous avons entrepris un énorme travail avec le cabinet d’expertise Syndex et la Confédération pour faire toute la lumière sur les structures des prix et des coûts en Martinique. Nous voulons les mettre en regard du pouvoir d’achat des salariés martiniquais. Syndex a interrogé une vingtaine d’organismes et d’entreprises tels que l’Insee, l’Institut des missions des départements d’Outre Mer, la DGCCRF (répression des fraudes), la Chambre de commerce, le port, la grande distribution, les hard discounters, etc.
Une première analyse sera présentée lors de notre prochain Congrès, le 25 septembre prochain, et les conclusions définitives seront publiées dans le courant du premier trimestre 2010. »
Boinali Said de la CISMA (Centrale interprofessionnelle de Mayotte) CFDT
« Commencée en 1966, la départementalisation avance à grands pas depuis le référendum remporté à 95 % des voix en mars 2009. Début juin, le Parlement a voté pour la suppression de la polygamie et la justice cadiale [les cadis sont des religieux musulmans]. À partir de 2011, les Institutions de droit commun du département vont se mettre en place progressivement.
Un pacte décrit tout cela. Par exemple en 2014, la fiscalité de droit commun sera appliquée et, en 2025, les minima sociaux entreront en vigueur.
Les défis pour la CISMA CFDT sont nombreux. Il s’agit de sortir la société mahoraise de son système clanique et religieux pour aller vers un système républicain et laïc, d’abolir les privilèges des castes pour une culture démocratique. Le combat syndical est complexe dans cette île de l’Océan Indien où l’échec scolaire concerne 45 % des élèves. Il faut faire comprendre les enjeux. En clair, on ne devient pas français pour le RMI mais pour devenir des acteurs de cette société. La CISMA CFDT s’inscrit dans cette prise de conscience.
Nous entendons construire un syndicalisme de permanence pour s’organiser, négocier et utiliser les acquis de la négociation pour transformer la société. »
