Les débats avec les militants et les adhérents
La rédaction les a suivis pendant ces débats préparatoires qui se poursuivent pendant tout le mois de mai et sont, pour certains, filmés.
Les articles sont classés par ordre chronologique.
S’ouvrir aux jeunes générations et faire évoluer les pratiques
« Nous souhaitons des débats. Les propositions élaborées par le Bureau national dans le cadre du projet de résolution sont construites dans l’intérêt des salariés, mais nous attendons des discussions, sans que personne n’arrive à Tours avec un schéma préétabli sur son vote. Vivez le congrès. Entendez les arguments qui peuvent éventuellement vous percuter…» C’est ainsi que Jean-Louis Malys, secrétaire national, a ouvert le débat avec les militants CFDT de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qu’il est venu rencontrer le 7 mai lors du Conseil régional interprofessionnel à Aix-les-Milles. Très diverses, les questions des participants ont abordé de nombreux thèmes du projet de résolution, parmi lesquels l’avenir du syndicalisme.
Bénévole dans une mission locale, Joseph, retraité, s’interroge : «Je rencontre nos futurs adhérents. Mais les jeunes savent-ils vraiment ce qu’est le syndicalisme ?» L’instabilité prolongée que connaissent les jeunes avant de pouvoir s’installer dans leur vie professionnelle et familiale complique leur éventuelle aspiration à se structurer syndicalement, a rappelé Jean-Louis Malys, soulignant que le projet de résolution apporte des réponses : «une CFDT ouverte, attentive aux enjeux pour les jeunes générations, qui s’appuie sur les nouveaux outils de communication facilitant les adhésions».
Plusieurs militants ont dit combien leur attention a été retenue par la troisième partie du projet de résolution, laquelle interroge le fonctionnement de l’organisation. «Il faut oser effectuer des changements, formaliser des expérimentations après le congrès», a insisté Jean-Louis Malys. Face aux lourdes conséquences sociales des politiques d’entreprises soumises aux bulles spéculatives, les militants syndicaux n’ont-ils pas un rôle à jouer pour recadrer le débat sur l’organisation et la conception du travail, ont demandé certains participants. «Comment organiser la contradiction ? Telle est la question essentielle», a précisé Jean-Louis Malys, rappelant que la gouvernance et la conquête d’espaces d’expression pour les contre-pouvoirs étaient au cœur des enjeux à débattre. Chargé du dossier des retraites, Jean-Louis Malys a enfin souligné que le débat à Tours devait se démarquer d’une approche gestionnaire, et qu’il fallait suivre une logique de solidarité pour s’interroger sur un nouveau système qui prenne en compte tous les parcours professionnels. « Le débat doit porter aujourd’hui sur la retraite par répartition, a commenté un militant d’ArcelorMittal à la fin de la rencontre : être militant à la CFDT, c’est une chance, car notre richesse a toujours été d’être force de proposition.»
Des préoccupations identiques au reste de la CFDT
Deux jours en Corse : pas des vacances, mais un réel bonheur de rencontrer et d’échanger avec les militants CFDT de l’île de Beauté. Telle a dû être la conclusion tirée par Laurent Berger dans l’avion qui le ramenait sur le continent – après un périple de 36 heures sous la pluie, mais ô combien enrichissant.
Première étape : un buffet à la maison des syndicats pour discuter du projet de résolution, et plus généralement de l’actualité sociale chargée, avec une trentaine de militants. Comme l’explique Gérard Mortreuil, le secrétaire général de l’Uri Corse : «Le fait d’organiser la rencontre avec Laurent sur l’heure du déjeuner permet aux militants de passer sur leur pause du midi. Et puis, un buffet, ça apporte une dose de convivialité.» À Bastia comme ailleurs, l’avenir des retraites et la prise en compte de la pénibilité sont au cœur des débats liés au projet de résolution.
Pour Antoine, militant chez Casino, «il faut un grand débat sur ces sujets à Tours». Laurent Berger n’a pas de mal à le rassurer, en précisant que les retraites feront l’objet de trois débats lors du prochain congrès confédéral. De son côté, Guy, de la fonction publique hospitalière, insiste sur «la nécessité que la CFDT soit offensive sur la question des exonérations de cotisations sociales que grèvent les comptes publics». «Le texte de la résolution est à 100 % sur la même ligne concernant les allégements de cotisations sociales», lui répond Laurent. Cette rencontre avec les militants de Haute-Corse est également l’occasion de constater, sans surprise, que la RGPP (réforme générale des politiques publiques) fait autant de ravage sur l’île que sur le continent, comme viennent le raconter les militants de la préfecture, qui, à l’instar de leurs homologues sur l’ensemble du territoire national, côtoient au jour le jour le «mal-être au travail grandissant parmi les agents».
Pas le temps de flâner sur le port ou dans la citadelle : à peine le buffet terminé, le secrétaire national doit mettre le cap sur Ajaccio. Ce n’est qu’après trois heures de route et un passage du col de Vizzavona cerné par un épais brouillard que Laurent Berger arrive dans la cité impériale, pour débattre deux heures durant avec près de 60 militants au siège de l’Uri. Lors de cet échange animé (dans le bon sens du terme) et convivial, Marie et Edmond, du Sgen, s’interrogent : «Comment être populaire sans être populiste, surtout face à un gouvernement qui semble peu enclin à écouter les syndicats réformistes ?» Tout en reconnaissant que «la période est pour le moins difficile», Laurent Berger exhorte les militants à «ne pas sombrer dans le fatalisme». Et le secrétaire national d’insister sur le fait que le projet de résolution «propose, sans jamais perdre de vue l’intérêt collectif, de s’adresser aux individus en prenant en compte leur vécu».
Les vertus du terrain. Une orientation qui fait mouche dans la salle, comme le résume parfaitement Marcel, du syndicat Santé-sociaux, «face à la situation sociale actuelle, mais également face à certains syndicats qui font du populisme leur fonds de commence – le Syndicat des travailleurs corses (STC) pour ne pas le citer –, la solution, c’est faire du terrain, tenir des permanences et écouter les salariés». Une conclusion qui ne peut que plaire à Jean-Toussaint Mattei, secrétaire général de l’Union locale de Corse-du-Sud, qui aime à répéter que «la confiance des salariés, on la gagne en allant à leur rencontre». Un précepte que toute la CFDT Corse met en pratique au jour le jour. Dans de telles conditions, Laurent Berger ne peut que clore le débat en remerciant les militants d’être «le meilleur média de la CFDT». Alors que la nuit tombe sur les hauteurs d’Ajaccio, l’heure est à la dégustation de produits locaux pour un secrétaire national exténué mais ravi de sa journée. Les militants corses semblent également contents de la rencontre et de l’échange, si l’on en juge par l’invitation lancée pour le congrès de l’Union régionale interprofessionnelle de Corse à l’automne prochain. Cette fois-ci, c’est promis, sous le soleil !
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CCM, une autre vision du service public « Pour 700 salariés, on n’est pas moins de 13 organisations syndicales, dont deux de pilotes », explique Manu, le DS CFDT de la Compagnie Corse Méditerranée. Dans un paysage aussi éparpillé, la section CFDT et ses 40 adhérents représentent la première force syndicale de l’entreprise à égalité avec le STC. «On ne peut pas dire qu’il y a réellement de difficultés sociales ou salariales avec seulement sept salariés touchant moins de 1 650 euros nets par mois», ajoute Edmond, le DRH de l’entreprise, ancien responsable de la section CFDT. Il faut dire que la CCM est une entreprise à part : cette société d’économie mixte (SEM), qui assure en partenariat avec Air France les vols entre le continent et la Corse, a pour actionnaire principal la collectivité territoriale de Corse. Conséquence : «cet actionnaire ne se verse aucun dividende et ne fixe pas d’autre objectif à l’entreprise que d’assurer un réel service public de “ continuité territoriale ” avec le continent». Une mission que les salariés prennent à cœur, comme le prouve l’accord d’entreprise qui assure le maintien des rotations vers le continent en cas de grève. Pour Manu, « il ne peut en être autrement, quand on sait que le premier vol du matin à destination de Marseille est un avion sanitaire quasi exclusivement réservé aux Corses soignés à la Timone». |
Les très petites entreprises et les allègements de charge au centre des préoccupations
Précarité, conditions de travail ou représentativité dans les TPE-PME sont en effet apparus comme le lot commun des syndicats présents à Reims, le 5 mai, d’autant qu’ils font écho à une actualité brûlante. «Dans notre région, les hôtels-cafés-restaurants se composent à 80% de TPE-PME. Quel accompagnement proposer aux salariés, quelle visibilité donner ?», interroge ce responsable francilien. Pour Marcel Grignard, secrétaire général adjoint, «le gouvernement a clairement renié la loi d’août 2008 en faisant allégeance aux pressions patronales. Si la négociation ne produit pas ses effets, il faudra en passer par une loi. Mais nous aurons toujours de meilleures chances d’avoir des outils de dialogue social dans les entreprises si nous les construisons que si le Parlement nous les donne».
Les allègements de charge ont également dominé une large partie des débats, que ce soit sur la baisse de la TVA – et la déconvenue de nombreux salariés en termes de répercussions salariales – , ou dans les grandes enseignes du commerce, où l’emploi pâtit du travail le dimanche et les jours fériés. «Pour les grosses entreprises comme les Galeries Lafayette, une journée fériée travaillée représente plus de 2 M€ de chiffre d’affaires supplémentaire, tandis que, dans le même temps, l’entreprise perçoit 3 M€ d’allègement de charges par an», s’insurge une militante. Ces situations rendent compte pour la Confédération de l’urgence de changer la gouvernance, dans un monde où les entreprises dont devenues des boîtes noires avec l’objectif de faire le plus d’argent possible au mépris des conditions de travail. «Les allègements de charge ne sont pas scandaleux en soi, c’est la manière dont ils sont mis en place, dont ils sont conditionnés à l’emploi et aux conditions de travail qu’il faut exiger. C’est en ce sens que le projet de résolution exige que les performances sociales et environnementales soient, à l’image des performances économiques de l’entreprise, un élément décisif dans la rémunération des dirigeants», rappelle Marcel Grignard.
La plus-value de la CFDT au cœur des débats
Sans surprise dans la période, les retraites ont soulevé de nombreuses inquiétudes sur une éventuelle hausse des cotisations, un allongement de la durée de cotisation, le calendrier gouvernemental et la pénibilité. «La solidarité intergénérationelle ne peut être à sens unique», a indiqué Laurent Berger, rappelant que la CFDT se bat pour sauvegarder le système par répartition, «parce que c'est le système qui, en dépit de ses inégalités, qu'il nous faut corriger, laisse le moins de gens sur le bord de la route». Sur la pénibilité, le secrétaire national a appelé de ses vœux un dispositif législatif clair.
Face à la crainte d'une conseillère fédérale de voir la CFDT prendre des coups sur ce dossier, comme en 2003, Laurent Berger a abondé dans le sens du secrétaire général de la FGA, Patrick Massard, pour qui «la CFDT ne peut pas et ne doit pas fuir ses responsabilités» : «Il y a une voie pour peser pour le bien des salariés sans se mettre en difficulté. Si on peut obtenir de réduire les inégalités, il n'est pas question de déserter le terrain, mais on ne se gênera pas pour dire ce qui ne nous va pas.»
Participative, négociatrice, investie. Une réponse qui n'était pas sans faire écho à la difficulté des militants à assumer l'image de la CFDT, que d'aucuns se plaisent à qualifier de «pro-patron, voire pro-gouvernementale». «Participative, négociatrice, investie», a rétorqué Laurent Berger, pour qui «l'intérêt d'une organisation syndicale, c'est d'apporter un plus aux salariés, grâce à la conviction de ses militants, y compris dans l'adversité. C'est précisément dans ces cas-là qu'il faut maintenir le cap et avancer».
Dans cette perspective, le débat sur la partie 3 du projet de résolution prend tout son sens. Difficulté de concilier engagement syndical et vie privée, surtout pour les femmes, nécessité de renouveler le tissu militant en dépit de la répression syndicale qui perdure dans de trop nombreuses entreprises, lisibilité du discours CFDT, accompagnement des militants doivent trouver des réponses dans le cadre de la réflexion engagée à la suite du rapport “Oser le changement”. «Ce dont on manque, c'est de faire remonter à tous les niveaux de l'organisation ce qui se fait de bien pour inspirer les autres», a indiqué Laurent Berger, pour qui «trouver des réponses à ces enjeux, c'est possible. Il faut le vouloir, c'est tout». Pour le secrétaire national, c'est le cœur du projet de résolution : «Du sens, des résultats et les pratiques qui vont avec.»
Intégrer la réalité des territoires dans les débats
C’est un pack midi-pyrénéen de poids qu’a rencontré François Chérèque, ce 29 avril, pour débattre des enjeux du 47e congrès confédéral. Ils étaient près de 200, réunis pour l’assemblée générale des syndicats de l’Union régionale Midi-Pyrénées. Si les délégués avaient massivement répondu “présent” à l’invitation de «faire le point sur l’action de l’Uri à mi-mandat», comme s’en est félicité son secrétaire général, Francis Layssac, l’assistance comptait aussi 40 adhérents de moins de deux ans, conviés pour la première fois à ce type de rencontre. Un signal fort de la volonté d’écoute de l’équipe régionale pour «intégrer dans les débats de la CFDT la réalité de notre territoire».
Actualité oblige, les retraites ont suscité de nombreuses questions : paramètres, pénibilité, carrières longues, régimes spéciaux étaient au coeur des préoccupations. François Chérèque a rappelé que le congrès permettrait de définir la position de la CFDT à l’occasion de trois débats, sur les conditions d’un allongement de la durée de cotisation, le financement etla possibilité de faire converger les systèmes de retraite pour les polypensionnés. «La CFDT s’inscrit dans une double logique : protéger le système par répartition et réduire les inégalités. Deux questions se posent. À court et moyen terme, celle du financement pour ceux qui sont déjà dans le système et,à long terme,la nécessité de construire un système global plus juste et plus lisible».
Face aux interrogations sur l’emploi des seniors et au souhait exprimé de «mettre le paquetsur les jeunes», le secrétaire général de la CFDT a confirmé qu’il n’y a «pas de solution pérenne au problème des retraites s’il n’y a pas d’avancée sur l’emploi». Tel sera l’angle d’attaque de la CFDT lors du Sommet social du 10 mai, afin d’obtenir la poursuite et l’amélioration des mesures pour l’emploi et le pouvoir d’achat des salariés.
Jouer collectif. Nombreux ont d’ailleurs été les participants, tel Raphaël,de la SNP (Société nouvelle de panification), du Tarn, à témoigner de leurs difficultés, au quotidien, dans les entreprises, confirmant, si besoin en était, que la crise est loin d’être finie. François Chérèque a également conforté l’appel lancé en faveur «de moyens pérennes pour Pôle emploi, avec des emplois stables et qualifiés». Un impératif dans la période où, face à l’afflux de demandeurs d’emploi, le développement de la précarité parmi les conseillers de Pôle emploi apparaît comme un nonsens supplémentaire de la politique gouvernementale.
Enfin, sur le terrain de la représentativité, le secrétaire général de la CFDT a souligné «la responsabilité collective» de l’organisation auprès des «équipes qui sontà la limite de flottaison». Une pratique d’accompagnement dans laquelle l’Uri Midi-Pyrénées s’est déjà pleinement engagée,a rappelé Francis Layssac, comme chez Airbus ou Tisséo, dontl es élections se déroulent le 6 mai. Une manière de marquer des essais, pour ensuite les transformer !
Le rôle des militants en question
Les militants du Conseil fédéral de la FGTE (Fédération générale des transports et de l'équipement) ont commencé le débat avec Laurent Berger, secrétaire national chargé du projet de résolution, sur les questions relatives à la place du militant et de l’adhérent.
Daniel Firholtz, d’Alsace, craint l’émergence d’une «adhésion directe» des salariés à la CFDT et fait part de son impression que «la CFDT veut faire abstraction des structures entre la Confédération et les syndicats». «Non», répond Laurent Berger qui rappelle son attachement «à l’interpro de proximité. Et l’idée n’est pas de faire des adhésions directes à la Confédération». Maxime Dumont, de l’Union fédérale Route, juge que le rôle des militants est «stigmatisé, en laissant penser qu’ils sont déconnectés de la base». Laurent Berger conteste cette lecture : «Ne faisons pas dire à la résolution ce qu’elle ne dit pas : il n’est écrit nulle part que les militants ne font pas leur boulot, mais qu’il faut qu’ils en aient les moyens. Le texte valorise le rôle des militants, mais ne le formate pas.» Sur les services aux adhérents, Arnaud Morvan, de la CFDT Cheminots, signale que le fait de proposer un service, par exemple une mutuelle, n’est pas forcément payant au moment des élections. «Oui, il faut y faire attention», répond Laurent Berger, qui précise qu’un service n’est pas forcément automatiquement obtenu par l’adhérent, mais peut prendre la forme d’une aide ponctuelle dans les tracas du quotidien.
La fonction publique s’est également invitée au débat, un militant estimant que la problématique est uniquement posée sous l’angle de la maîtrise des coûts. «Nous posons la question des moyens adaptés aux missions de service public, rectifie Laurent Berger. Il faut des moyens supplémentaires dans l’Éducation nationale, mais il existe des missions qui ont des besoins moins forts. Il ne s’agit pas de faire des coupes claires mais de redéployer, il n’y a rien de scandaleux.»
Sur les retraites, un militant rappelle que le financement est «au cœur» de la réforme à venir, «quel que soit le système mis en place ». «Je suis d’accord, il y a d’ailleurs deux débats au congrès sur cette question, rappelle le secrétaire national. Notre position est de distinguer ce qui relève du contributif et ce qui est du domaine de la solidarité nationale. Nous voulons élargir le financement aux capitaux sur la partie solidarité, mais pas sur la partie contributive car ce serait fiscaliser notre système de retraite.» À la question de savoir si les positions confédérales sur les retraites seront les mêmes après le congrès, Laurent Berger répond qu’il faut «un minimum de confiance dans une organisation».
Les retraites et la fonction publique au centre des préoccupations des militants alsaciens
Parmi leurs principales préoccupations : les retraites. Ainsi, pour Antoine, du Bureau régional, «le débat sur les retraites nous met en position de faiblesse. Selon moi, on devrait d’abord parler du projet de société qu’on veut mettre en avant en France. Je comprends qu’il y ait des enjeux, mais les salariés n’arrivent déjà plus à cotiser quarante ans, alors comment faire si on allonge la durée de cotisation ?». Jean-Marc, de la F3C (Fédération Communication, Conseil, Culture), a quant à lui l’impression que «le gouvernement nous tend un double piège : un pseudo-dialogue social pour cautionner leur réforme et une division entre fonctionnaires et salariés du privé». «Nous ne sommes pas dans une négociation mais dans une concertation, rappelle Laurent Berger, et les défis que nous avons à relever ne se limitent pas aux retraites.»
Les jeunes salariés font part, eux aussi, de leurs inquiétudes : «Les jeunes rentrent tard sur le marché du travail et vont travailler bien au-delà de 60 ans, constate Mélanie, de la F3C, alors comment leur donner confiance en un système par répartition ? Face à la peur de l’avenir, beaucoup se demandent déjà comment faire autrement ! » Le secrétaire national approuve : « C’est à nous de leur dire qu’on veut une solidarité intergénérationnelle, mais dans les deux sens. Si on confisque le débat, on va montrer aux jeunes que c’est un débat de vieux.»
Gilles, des Finances, aborde alors le sujet de l’unification des régimes public et privé : «Les carrières accidentées sont, certes, un vrai problème mais ce n’est pas en s’en prenant aux fonctionnaires que les choses vont s’améliorer dans le privé. N’oublions pas que 34 000 suppressions de postes sont annoncées pour l’année prochaine dans la fonction publique !» Carmen, du Sgen 68, ajoute: «L’unification des régimes est disproportionnée par rapport aux polypensionnés. Et la Résolution manque d’ambition quant à la fonction publique, sur la question de l’efficacité notamment.» Sur ce point, Laurent Berger reconnaît qu’il faut réaffirmer l’ambition de la CFDT sur la fonction publique. Un travail qui n’est pas suffisamment enclenché pour l’évoquer dans la résolution, même si des progrès sont notables.
Concernant les services à l’adhérent, Raphaël, de Santé-sociaux 67, souhaiterait que la CFDT offre davantage de services. Par exemple, les services nouveaux, évoqués dans l’article 3-3-5-3 du projet de résolution, pourraient englober l’idée d’une complémentaire santé. «Partout où on l’a testée, ça n’a pas bien marché, lui répond Laurent Berger. Combien d’entre nous accepteraient d’abandonner leur complémentaire santé pour celle de la CFDT ?»
Représentativité et développement durable au coeur des débats
Répartis en une quinzaine de tables style cabaret, ce sont les militants qui ont dressé à Dijon, le 22 avril, le bilan et les points marquants de la mandature CFDT depuis Grenoble. Parmi les avancées, la réforme de la représentativité fait l’unanimité, même si la pratique laisse apparaître quelques difficultés. Ainsi, un syndicat Mines-métaux s’interroge sur la manière de faire appliquer, par la direction et les autres organisations syndicales, la loi et les règles de la représentativité, notamment «lorsqu’un délégué syndical n’obtient pas 10%, et que c’est à nous qu’il revient de faire le nécessaire pour que son mandat soit retiré. Nous n’aimerions pas être les dindons de la farce dans cette histoire !».
Pour Anousheh Karvar, secrétaire nationale venue débattre avec les militants ce jour-là, «les employeurs n’ont pas intérêt à clarifier le paysage syndical dans leur boîte, de même que les syndicats évincés qui sont souvent ceux qui signaient aux côtés de la direction. Nous avons tout intérêt à jouer la transparence, et ce même quand les autres cherchent à mettre le couvercle. D’autant que les tribunaux nous donnent raison et que les outils mis à disposition par la Confédération peuvent vous orienter dans cette jungle qui, certes, ne vous facilite pas la vie, mais qui vous donnera la légitimité qui vous revient».
Dans les paris que fait la CFDT sur l’avenir, le développement durable a également interpellé les militants bourguignons, que ce soit dans leur vision de la société ou dans les défis posés par l’emploi, encore très industriel dans la région. «Face à une crise qui augmente et renforce les inégalités, comment aller au-delà d’un simple retour à la croissance?» s’interroge un adhérent du Sgen. «En agissant sur le contenu de la croissance, et notamment sur les critères sociaux et environnementaux», rétorque Anousheh Karvar. Cela étant dit, il ne pourra y avoir d’avancées au niveau national sur ce sujet si l’on ne tient pas compte de l’avancée de chacun des pays et des sociétés en matière du développement durable et de nouveaux indicateurs de richesse au niveau international. «Or la société change vite», explique en conclusion Joseph Battault, secrétaire général de l’Uri Bourgogne, «et c’est bien cette société mouvante qui nous donne la mesure de la plus grande urgence à agir auprès des salariés».
Les retraites encore et toujours
Quid notamment de la taxation du capital ? «Nous souhaitons un financement qui fasse participer l’ensemble des revenus, y compris les capitaux, rappelle le secrétaire général adjoint. Mais la taxation du capital ne réglera pas tout.» À Gilles, de la fédération Santé-sociaux, qui évoque les difficultés rencontrées par la CFDT en 2003, Marcel Grignard répond : «Arrêtons de parler de 2003. Aujourd’hui, ce que nous constatons, c’est que les citoyens français ont besoin d’une réforme plus juste et que cette réforme ne sera acceptable que si elle diminue les inégalités. La CFDT veut peser au maximum, mais sans se brûler les doigts.»
Quand on évoque les retraites, se pose également la question de la pénibilité. Jean-Claude, de l’Union territoriale des retraités, constate que «cela fait des années qu’on essaie de négocier avec le patronat. Comment faire pour que la loi soit respectée ?». Le secrétaire général adjoint reconnaît que «nous sommes dans une situation d’échec, les négociations n’ayant pas permis de trouver un accord car, au sein du patronat, ils n’ont pas encore décidé qui devait payer. C’est un problème qu’il faut absolument résoudre». Sur l’emploi des seniors, il reconnaît que «les conditions de travail représentent un enjeu majeur. On constate que de nombreux salariés veulent partir tôt, souvent à cause des problèmes de vie au travail».
Sécurisation des parcours militants. Face aux militants qui abordent la question des moyens, Marcel Grignard admet : «C’est vrai, la CFDT fonctionne aussi avec des bénévoles, mais il faut surtout continuer à mutualiser les moyens. On peut se poser la question d’utiliser une partie des aides financières des entreprises pour supporter l’adhésion syndicale des salariés ; cela sera débattu à Tours.»
À Nicole, du syndicat des Services, qui se demande comment aider les militants qui souhaitent quitter la vie syndicale, il répond : «Il faut que leurs compétences leur permettent de rebondir après un mandat et qu’ils puissent entreprendre une deuxième carrière. On ne peut pas demander à la jeune génération de choisir entre une carrière professionnelle et un mandat syndical.»
Face aux inquiétudes de la fonction publique
Face à un tel contexte, Dominique résume parfaitement l’état d’esprit général des fonctionnaires de la fédération en dénonçant «la diabolisation des fonctionnaires de la part du gouvernement, ce qui entraîne une montée du mal-être au travail». Une situation dont la Confédération a conscience, assure Laurent Berger, avant d’expliquer que «le gouvernement s’est appuyé, pour lancer sa désastreuse politique sociale concernant les fonctionnaires, sur le fait que les organisations syndicales de la fonction publique avaient pris l’habitude, ces dernières années, de ne plus réellement négocier». Et le secrétaire national de préciser que, «s’il est indispensable de dénoncer – comme le fait régulièrement François Chérèque – l’attitude du gouvernement vis-à-vis de ses fonctionnaires, il est tout aussi indispensable d’être force de propositions si l’on veut pouvoir peser sur les décisions».
Mais, comme le rappelle Luc Scappini, le secrétaire général de la fédération, la FEAE (fédération de Établissements et des Arsenaux de l'État) est une fédération mixte (et d’ailleurs la première organisation syndicale chez – excusez du peu – Nexter, DCNS et l’Igesa). Daniel, délégué syndical central (DSC) de Nexter, fait ainsi part de la situation dans l’entreprise, qui abuse des heures supplémentaires défiscalisées au détriment de l’emploi. Patrick, représentant des cadres au sein du Bureau fédéral, s’étonne de l’absence d’articles consacrés aux cadres dans le projet de résolution. Laurent Berger assume parfaitement cette absence volontaire, «décidée en accord avec la CFDT Cadres dans l’optique de ne pas en faire des salariés à part alors que leurs attentes et revendications se rapprochent de plus en plus de celles de l’ensemble des salariés». Enfin, interpellé au sujet de l’évolution du périmètre des syndicats, le secrétaire national insiste sur le fait que, en la matière, «la Confédération est ouverte aux expérimentations de façon à voir les effets produits et les conséquences sur les structures, mais surtout sur la qualité du service rendu aux salariés». Ce qu’il traduit ainsi : «Adapter notre syndicalisme pour parvenir à militer en réseau dans un monde qui fonctionne de plus en plus en réseau.» L’Assemblée générale e mi-mandat de 2012 devrait être l’occasion de tirer un premier bilan de ces expérimentations.
Débattre du congrès, une pratique de démocratie
S'approprier les enjeux du prochain congrès confédéral est crucial. C'est ce qu'a rappelé Brigitte Rizzo, secrétaire du syndicat des Banques d'Île-de-France, lors de l'assemblée générale de ses sections le 1er avril. (lire l'article) «Les décisions prises au congrès ont souvent un impact très concret sur votre vie de salarié, d'adhérent, de militants dans l'entreprise.» Pour permettre cette compréhension commune des grandes lignes qui seront structurantes pour la CFDT au cours des quatre années à venir, l'Assemblée générale était exceptionnellement ouverte aux adhérents. Sur les 150 participants, un certain nombre d'entre eux, dont certains tout nouveaux adhérents, avaient répondu présents. Autant dire que c'est à un véritable exercice de pédagogie en trois temps que s'est livrée la secrétaire nationale Laurence Laigo sur l'avant-projet de résolution.
Dans la salle, deux sujets ont été en vedette : les retraites et la démocratie interne à la CFDT. «Pourquoi pas une CSG retraite ?», s'est interrogé Patrick, du CIC, en écho à d'autres interventions sur l'élargissement de l'assiette de financement. «Cela pose la question d'une contribution fiscale, quelle que soit sa nature, a expliqué Laurence Laigo. Ce n'est pas un sujet tabou dans la CFDT, mais cela justifie d'autant plus un véritable débat de société.» Et la secrétaire nationale de rappeler que, pour la CFDT, il s'agit d'aller bien au-délà d'un simple ajustement sur les trois variables que sont l'âge légal de départ, la durée de cotisation et le montant des pensions. «C'est d'abord un enjeu pour les jeunes», est intervenu Georges, de BNP-Paribas. «Si on va sur un autre système, ça ne concernera pas les salariés qui ont aujourd'hui 55 ans», a confirmé Laurence Laigo, insistant sur la nécessité de penser le glissement du système actuel à un modèle alternatif «où la répartition soit au cœur et qui tienne compte des carrières chaotiques, des inégalités hommes-femmes, de la pénibilité et de l'espérance de vie».
Culture du débat. Nombreuses ont également été les questions sur la démocratie. «La CFDT doit faire un travail du bas vers le haut ; la proximité joue un rôle essentiel», a déclaré Alexandre, de Natixis. «Comment faire pour que l'organisation permette à chacun d'exprimer des idées et de faire des propositions ?», a enchaîné Catherine, du CIC. Pour Laurence Laigo, «on a déjà amorcé le tournant de la proximité, mais c'est toute la préoccupation du rapport “ Oser le changement” et de la partie 3 de la résolution, qui trouveront leur aboutissement lors de l'Assemblée générale des syndicats G de mi-mandat en 2012». Pour la secrétaire nationale, «il faut retrouver la culture de débat dans l'organisation : c'est l'exigence que les militants doivent avoir vis-à-vis de l'organisation à tous les niveaux !». L'Assemblée générale du syndicat des Banques d'Île de France en était une bonne illustration, comme l'a constaté Olivier, de BNP Personal Finance : «Je suis content qu'on ait un débat sur tous ces sujets.»
Débattre du congrès, une pratique de démocratie
S'approprier les enjeux du prochain congrès confédéral est crucial. C'est ce qu'a rappelé Brigitte Rizzo, secrétaire du syndicat des Banques d'Île-de-France, lors de l'assemblée générale de ses sections le 1er avril. (lire l'article) «Les décisions prises au congrès ont souvent un impact très concret sur votre vie de salarié, d'adhérent, de militants dans l'entreprise.» Pour permettre cette compréhension commune des grandes lignes qui seront structurantes pour la CFDT au cours des quatre années à venir, l'Assemblée générale était exceptionnellement ouverte aux adhérents. Sur les 150 participants, un certain nombre d'entre eux, dont certains tout nouveaux adhérents, avaient répondu présents. Autant dire que c'est à un véritable exercice de pédagogie en trois temps que s'est livrée la secrétaire nationale Laurence Laigo sur l'avant-projet de résolution.
Dans la salle, deux sujets ont été en vedette : les retraites et la démocratie interne à la CFDT. «Pourquoi pas une CSG retraite ?», s'est interrogé Patrick, du CIC, en écho à d'autres interventions sur l'élargissement de l'assiette de financement. «Cela pose la question d'une contribution fiscale, quelle que soit sa nature, a expliqué Laurence Laigo. Ce n'est pas un sujet tabou dans la CFDT, mais cela justifie d'autant plus un véritable débat de société.» Et la secrétaire nationale de rappeler que, pour la CFDT, il s'agit d'aller bien au-délà d'un simple ajustement sur les trois variables que sont l'âge légal de départ, la durée de cotisation et le montant des pensions. «C'est d'abord un enjeu pour les jeunes», est intervenu Georges, de BNP-Paribas. «Si on va sur un autre système, ça ne concernera pas les salariés qui ont aujourd'hui 55 ans», a confirmé Laurence Laigo, insistant sur la nécessité de penser le glissement du système actuel à un modèle alternatif «où la répartition soit au cœur et qui tienne compte des carrières chaotiques, des inégalités hommes-femmes, de la pénibilité et de l'espérance de vie».
Culture du débat. Nombreuses ont également été les questions sur la démocratie. «La CFDT doit faire un travail du bas vers le haut ; la proximité joue un rôle essentiel», a déclaré Alexandre, de Natixis. «Comment faire pour que l'organisation permette à chacun d'exprimer des idées et de faire des propositions ?», a enchaîné Catherine, du CIC. Pour Laurence Laigo, «on a déjà amorcé le tournant de la proximité, mais c'est toute la préoccupation du rapport “ Oser le changement” et de la partie 3 de la résolution, qui trouveront leur aboutissement lors de l'Assemblée générale des syndicats G de mi-mandat en 2012». Pour la secrétaire nationale, «il faut retrouver la culture de débat dans l'organisation : c'est l'exigence que les militants doivent avoir vis-à-vis de l'organisation à tous les niveaux !». L'Assemblée générale du syndicat des Banques d'Île de France en était une bonne illustration, comme l'a constaté Olivier, de BNP Personal Finance : «Je suis content qu'on ait un débat sur tous ces sujets.»
Services publics, retraites et organisation en débat
Le débat sur les services publics a soulevé la question des moyens qui leur sont attribués, dans un contexte difficile pour les finances publiques, et celle des secteurs à prioriser. «Mais lesquels et qui peut en décider ? demande Jean-Louis Malys, secrétaire national. Nous ne devons pas arriver à une conception ultrarégalienne de l’État, qui comprendrait un nombre restreint de prérogatives.» Les militants soulignent également l’antagonisme qui peut exister entre les revendications des salariés et les objectifs à atteindre en termes d’efficacité des services publics. «L’un des sentiments les plus terribles pour les salariés, c’est de constater qu’on ne leur donne pas les moyens de faire correctement leur travail, répond le secrétaire national. La question qui se pose à nous est de pouvoir démontrer que l’efficacité est liée au bien-être au travail.»
Un long moment a été consacré à la question des retraites. Conditions d’une réforme telle que souhaitée par la CFDT, intérêt d’un système par comptes notionnels, agenda, unification du système de base et complémentaire, avantages familiaux… les interrogations étaient nombreuses. À propos du calendrier, Jean-Louis Malys relève que «l’agenda serré du président de la République diminue l’espoir d’une discussion approfondie. Cela arrange beaucoup de monde ». Sur le contenu de la réforme, il rappelle que «la résolution ne parle pas d’un système par comptes notionnels, mais cherche des pistes de solution. Notre questionnement porte sur le fait de savoir si notre système correspond à ce que l’on peut attendre d’un système de retraites. Si l’on estime qu’il est parfait, contentons-nous d’une logique financière, et trouvons de l’argent. Notre logique de mise à plat vise à mieux flécher les solidarités».
Troisième et dernier thème retenu, l’évolution de l’organisation de la CFDT. Les participants ont notamment évoqué les liens entre les militants et les syndicats, l’évolution de la cotisation, la place du syndicat. «Les relations sont très diverses entre les sections et les syndicats. L’idée est d’instaurer un peu de formalisation car les équipes n’ont pas toujours l’habitude de travailler ensemble, en particulier en cas de crise », déclare Jean-Louis Malys. La reconnaissance des compétences syndicales évolue, pour le secrétaire national, « dans le bon sens. Nous sommes sortis de la logique sacrificielle. Mais nous devons inventer des passerelles pour entrer et sortir du militantisme sans que cela soit mal vécu par les équipes».
Un débat riche et animé sur les retraites et le le temps de travail
À deux mois du Congrès de Tours, les débats sont toujours aussi riches dans l’organisation. Les militants se sont désormais approprié l’avant-projet de résolution et attendent de voir, avec une certaine impatience, si les amendements envoyés par leur syndicat ont été repris dans le texte, rejeté par la Commission des résolutions ou mis en débat. Anousheh Karvar, secrétaire nationale, était les 30 et 31 mars dernier en Franche-Comté et en Picardie pour poursuivre ce dialogue avec les militants.
Dans les deux régions, le sujet qui inquiète et passionne l’organisation est manifestement celui des retraites. Les intervenants, dans leur très grande majorité, ne remettent pas en cause les positions de la CFDT sur ce dossier, mais expriment le besoin de faire part de leur inquiétude ou de leur colère face à «un gouvernement qui ne tient pas ses engagements comme sur la pénibilité ou sur les carrières longues». Et lorsque quelqu’un se demande si le système de retraite des députés sera aussi réformé, son intervention est approuvée par la salle. «Cela ne réglera pas la question du financement du système, mais c’est très important d’un point de vue symbolique», explique-t-il.
La question du temps de travail est également revenue dans les discussions. Un militant picard regrette ainsi que l’avant-projet de résolution ne fasse pas référence aux 32 heures, «une vieille revendication de la CFDT», et soit extrêmement timide sur les 35 heures. Il espère que cela sera corrigé dans la version finale de la résolution car son syndicat a envoyé un amendement en ce sens. En réponse, Anousheh réaffirme que les 35 heures sont bien un identifiant de la CFDT et qu’il n’est pas question de les remettre en cause. «Nous avons voulu élargir le débat, explique-t-elle. Avec les mutations du monde du travail, nous pensons que la CFDT doit mener une réflexion plus générale sur le temps de travail tout au long de la vie et sur les différents temps de vie. Comment mieux articuler vie professionnelle et vie personnelle est par exemple une question centrale pour améliorer le quotidien des salariés.»
Les cadres débattent de l'emploi des jeunes et du statut du militant
Le secrétaire national a déploré que seuls trois amendements soient consacrés à l’emploi des jeunes, contre près de 300 aux retraites ! Monique, de la CFDT Cadres, lui répond : «Certes, il faut agir, mais sans stigmatiser les jeunes. Tous les pays d’Europe qui ont fait des progrès ont mené une politique globale.» Une position que ne partage pas entièrement Laurent Berger : «Les jeunes sont touchés davantage que les autres par le chômage et peuvent, en fin de droits, se retrouver sans revenu.» C’est pourquoi la CFDT souhaite faciliter les conditions d’accès au “RSA jeunes”.
Se pose aussi la question de «la place des jeunes dans le syndicalisme», souligne Christian, des Pays de la Loire. Pour Laurent Berger, «il n’est pas question d’opposer les générations. Le monde du travail est divers, la CFDT doit l’être aussi.» Dans cette perspective, le statut du militant n’est pas neutre, indique Anne, de Midi-Pyrénées : «L’article 3-2-11-5, qui s’engage à valoriser l’engagement syndical dans le parcours professionnel, part d’une bonne intention. Mais il ne va pas assez loin, il faudrait se rapprocher des parcours professionnels sécurisés.» Autrement dit, comment aider les militants à retrouver un emploi après un mandat à la CFDT ? Une question qui devrait être débattue lors du congrès, assure Laurent Berger.
À cela s’ajoute l’enjeu du développement de la CFDT. «Le niveau de syndicalisation est bas, il faudrait mieux faire connaître les syndicats», constate Yves, de la région Paca. «On fait une proposition de réflexion autour de la contribution de l’employeur à l’adhésion. Mais je n’ai pas de solution miracle», conclut le secrétaire national.
La résolution par l’exemple
« Le fil rouge de l’action de la CFDT en Bretagne est, depuis le début de la crise, de préserver l’emploi. Le travail des équipes au jour le jour est déjà une sorte de préparation du congrès de Tours tant leur action touche au cœur des grands thèmes de la résolution.» Louis Baron, secrétaire général de l’Union régionale interprofeionnelle (Uri) Bretagne, ne pouvait mieux résumer la teneur de cette journée de débat avec Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT.
Le cas de l’équipe de Sanden, une usine fabriquant des compresseurs pour les climatisations de voitures, est éloquent. Le site emploie 750 CDI et 150 intérimaires, contre 850 CDI et 400 intérimaires en 2008. Cette restructuration n’aurait pu être qu’un aléa tragique de plus de la crise, mais voilà : du fait d’un accord sur la modulation de temps de travail signé (sans la CFDT) il y a un an, l’usine produit aujourd’hui le même volume qu’en 2008… avec 30 % de personnel en moins. Catherine et Jean-Paul, les deux fers de lance de la section CFDT, témoignent des conséquences dramatiques sur les conditions de travail et la santé des salariés : «les arrêts-maladie et les accidents du travail explosent depuis un an. Pire, la direction a effectué 16 licenciements pour incapacité, au point que même la Cram exprime désormais ses doutes !» Il en faudrait plus pour raisonner la direction qui est arrivée à manier le chantage de façon à peine voilée : elle demande la signature d’un nouvel accord de modulation du temps de travail pour une durée indéterminée, faute de quoi elle refuse d’embaucher. Forte de ses 58% obtenus lors des dernières élections au mois de février – « avec l’arrivée de cadres dans la section» –, la CFDT compte désormais faire du CHSCT un levier d’action contre la direction. En effet, comme l’explique Catherine, « on n’a plus de vie : certains collègues finissent leur semaine le samedi midi et dorment jusqu’au dimanche soir ! ». Mais en abusant des heures supplémentaires, il se pourrait bien que la direction se soit en fin de compte tiré une balle dans le pied : «Tous nos compteurs d’heures sup’ sont pleins et bloqués. Moralité, on peut désormais financièrement se permettre de faire grève !», conclut ironiquement Jean-Paul.
Pour Marcel Grignard, cette situation, au-delà de la preuve ultime de la dangerosité de la loi Tepa qu’elle apporte, est l’illustration de l’un des thèmes de la résolution : «La crise est, dans ce cas précis, un alibi pour détruire des emplois. De plus, cela met en lumière les carences de la RSE : la direction de l’usine a été incapable d’anticiper sur les besoins en personnel lors d’une légère reprise de son activité.» Et le secrétaire général de conclure : «C’est pourquoi la CFDT veut, dans sa résolution, repenser la compétitivité des entreprises dans le respect des salariés pour arrêter de les “broyer au quotidien”.» Le dernier mot revient à Louis Baron, qui rappelle que, «quand la CFDT est présente dans une entreprise, cela change la donne pour les salariés. Or, pour être présents dans le plus grand nombre possible de boîtes, nous devons mutualiser nos moyens et compter sur la force du réseau CFDT, comme le fait l’Uri avec son dispositif “Pas une équipe seule face à la crise”».
À Nancy, un débat franc et chaleureux
Alain Gatti, le secrétaire général de l’Union régionale, avait bien fait les choses. Le matin, une rencontre avec le syndicat des Finances, l’après-midi avec les militants de la région. Philippe Schoun et son équipe ont dressé un tableau encourageant de leur syndicat: augmentation du nombre des adhérents de 27% en deux ans, de bons résultats électoraux, malgré un champ professionnel étendu, mais percuté de plein fouet par la révision générale des politiques publiques; Ici, ce n’est pas un fonctionnaire sur deux qui n’est pas remplacé à son départ en retraite, mais parfois trois sur quatre, quand ce n’est pas 100%.«Pour nous qui sommes favorables à la réforme de l’Etat, la RGPP est une action qui met en cause la qualité du service public. Cela n’a rien à voir avec la réforme nécessaire.» Laurent Berger a clarifié la position de la CFDT et confirmé qu’elle n’est pas d’accord avec la manière de procéder dans les fonctions publiques. Pour le syndicat des Finances de Lorraine, la CFDT ne doit pas considérer que, compte tenu des problèmes financiers, l’Etat serait légitime à faire des coupes dans les budgets pour accomplir les missions qui lui sont confiées.
Payer l’impôt n’est pas une tarre. Au sujet de la fiscalité, Laurent Berger a expliqué les positions confédérales : «On ne peut pas dire que nous nous désintéressons des questions fiscales ou des recettes de l’Etat, puisque nous demandons que soit supprimé le bouclier fiscal, que soit créée une tranche d’impôt supplémentaire pour les catégories les plus aisées.» Et de rappeler que la CFDT n’est pas favorable à la baisse des impôts, leitmotiv de la droite et d’une partie de la gauche. Plus tard, il dira : «Payer des impôts, ce n’est pas une tare à condition qu’ils soient bien utilisés. C’est même l’une des conditions du vivre-ensemble.»
Le secrétaire national a aussi insisté sur la relation de la loi et du contrat. «Ce qui prédomine, c’est la loi in fine, mais en tenant compte du dialogue social. La régulation ne s’opère pas qu’au niveau de l’État, mais aussi au niveau européen, voire mondial.» Laurent Berger a récusé l’idée que la CFDT ne s’intéresserait qu’aux salariés du privé en délaissant les revendications légitimes des fonctionnaires. Nous avons besoin d’une CFDT forte dans les fonctions publiques justement pour évoluer dans l’intérêt de tous.
L’après-midi, place à la présentation des enjeux du congrès. Les militants sont au rendez-vous. Devant une bonne soixantaine de délégués, Laurent Berger a rappelé d’abord les ambitions du congrès de Grenoble en 2006 : sécurisation des parcours professionnels, responsabilité sociale des entreprises, nécessaire régulation financière, avenir du syndicalisme, environnement… Sur chaque point, il a développé ce qui a été fait, notamment sur la modernisation du marché du travail ou la représentativité, mais a souligné aussi comment depuis deux ans, la société et les salariés ont été impactés par la crise. Les plans sociaux qui se multiplient, un patronat qui n’a pas été à la hauteur et les syndicats, notamment la CFDT, qui se sont battus et se battent encore pour imposer des mesures qui privilégient la formation plutôt que les licenciements. «On a fait notre boulot. S’il n’y avait pas eu le rempart syndical, la facture aurait été plus douloureuse !»
Sur la résolution qui doit être débattue à Tours début juin, et dont il sera le rapporteur, Laurent Berger a tracé les grandes lignes. Il faut reconstruire le pacte social, continuer à travailler sur le mal-être dans les entreprises, les conditions de travail et poursuivre sur la sécurisation des parcours et des mobilités. La résolution appelle les responsables de la CFDT à agir pour plus de proximité avec les salariés, au plus près du terrain, rendre des services aux adhérents. Mais aussi peser sur les choix globaux, construire des régulations tant au niveau de l’entreprise que de l’Europe et du monde. Enfin, sur les problèmes de développement, d’évolution des structures, Laurent Berger a évoqué la nécessité de savoir qui fait quoi et où ? Y a-t-il des actions redondantes et d’autres qui ne sont pas couvertes ? Renvoyant à une assemblée générale en 2012 qui devra prendre des décisions en la matière. Pendant plus d’une heure trente, les questions se sont succédé à un rythme soutenu. En toute liberté, les militants sont revenus sur la question des retraites. «Deux solutions s’offrent à nous: assumer comme en 2003 ou laisser passer le train sans rien dire comme en 2008 ?», a répondu le secrétaire national devant certains qui craignent une CFDT trop «négociatrice» et d’autres pas assez.
Retraites : le congrès décidera. Laurent a rappelé les inégalités du système actuel, inégalités homme/femme, entre ceux qui ont travaillé tôt et les autres, «L’objectif de la CFDT est d’y aller, mais avec une forte cohésion interne. Nous en débattrons au congrès et nous verrons ce que les congressistes décideront. En fait, il y a ceux qui voudront une réforme systémique sur vingt ans et ceux qui préfèrent modifier les paramètres. On décidera. Mais ne rien faire, c’est louper un rendez-vous important avec les jeunes à qui il faut redonner confiance dans le système par répartition.» Les questions se suivent : sur les 35 heures jugées trop absentes du texte en débat, sur la communication confédérale trop complexe, sur le rapport: «Oser le changement» et le reproche qu’on «ose peu»… À chaque question, Laurent Berger a répondu, non sans humour, cherchant à rassurer son auditoire sur la liberté de ton nécessaire à un débat qui peut être vif, mais toujours entre camarades de la CFDT. A une militante qui parlait d’autocensure, Laurent en souriant lui a répondu : «Il n’y pas ceux qui sont dans la ligne et les autres. Il n’y a que des militants CFDT qui débattent et construisent la CFDT sans se censurer. On se dit les choses, et c’est très bien ainsi.»
Les conditions de travail au cœur des discussions
Alors que l’Uri attendait environ 350 militants pour débattre avec François Chérèque, ils étaient en fin de compte 440. «Il a fallu qu’on rajoute près de 100 chaises à la dernière minute», se réjouit Gilles Pollet, le secrétaire de l’Union départementale du Puy-de-Dôme. Parmi les nombreux sujets abordés lors de cette
journée de débats et d’échanges, les conditions de travail ont pris une
place particulière.
Réinvestir les conditions de travail. Philippe, tout jeune délégué du personnel de Lubek, entreprise allemande de conditionnement de pétales de maïs, est venu témoigner des conditions de travail dantesques dans l’usine flambant neuve installée en 2008 dans un bassin d’emploi sinistré. L’arrivée de l’usine, qui produit des pétales de maïs pour tout le marché du hard discount en Europe de l’Est a, dans un premier temps, été vécue comme une bouffée d’oxygène pour les quelque 130 salariés embauchés. Mais, au retour d’un stage de plusieurs semaines en Allemagne, la déception n’en est que plus grande : «Le premier été, nous avons eu des pics de température à 53°. Certains salariés ont perdu jusqu’à huit kilos durant l’été ! » Face à cette situation intolérable, Philippe prend la décision de syndiquer. « J’ai choisi la CFDT, le syndicat qui me ressemble le plus et, en un an, la section compte déjà 25 adhérents», confie-t-il avec la légitime fierté du travail accompli.
Il faut dire que la section n’a pas chômé. Le CHSCT s’est emparé du problème de la température en été : «On doit maintenant attendre cet été pour évaluer les premiers résultats de notre action.» Mais il n’y a pas qu’en été que les conditions de travail sont intenables dans cette usine pourtant neuve : «Du fait d’un défaut de conception par rapport aux usines allemandes, nous avions un grave problème de poussière dans les locaux avec toutes les conséquences que cela engendre sur la santé des salariés, explique Philippe. Mais, grâce à l’action de la CFDT, nous avons obtenu la mise en place de nouveaux aérateurs et d’aspirateurs.» L’actuel combat de la section concerne l’organisation du temps de travail, qui passera en 5/8 dès le mois d’avril. Bien que ce rythme soit réputé le mieux toléré par l’organisme, le CHSCT a obtenu qu’il soit “ expérimenté” jusqu’à la fin de l’année.
Le secrétaire général, visiblement impressionné par le travail de cette équipe, fait le lien avec le projet de résolution en rappelant que, depuis vingt ou trente ans, «on s’est trop focalisé sur l’emploi au détriment des conditions de travail et de la santé de salariés. Or il n’est pas acceptable que les conditions de travail réduisent l’espérance de vie.» Cette question de la pénibilité sera également sur la préparation des congrès. Tout au long du débat avec la salle, le secrétaire général insistera sur le fait que, «sur les retraites, la situation n’est plus la même qu’en 2003 : plus personne ne peut affirmer qu’il ne faut rien changer si on veut remettre de l’équité dans notre système, notamment en prenant en considération la pénibilité.»
Et François Chérèque de conclure en remerciant les militants pour l’intensité et la qualité des témoignages et des débats «La réussite de cette journée est la preuve – s’il en était encore besoin – que la CFDT a de l’avenir en Auvergne.»
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L’emploi dans la tourmente de la crise en Auvergne
La région n’a pas été épargnée par la crise avec 7 500 emplois
supprimés en 2009, soit 2,5% du total des emplois salariés. La moitié
des suppressions de postes ont eu lieu dans l’industrie, notamment dans
la métallurgie, dont le niveau d’emploi a baissé de 4,5%. Les
inscriptions à Pôle emploi sont en hausse de 11,5% sur un an, avec un
pic à 25% pour les chômeurs de longue durée. |
L’Union départementale de Paris offensive dans ses interrogations
« Notre développement tient sur l’existant, mais aussi sur la création de nouvelles sections. Or, depuis la nouvelle loi, ces créations ont été divisées par deux. Ces problèmes d’implantation vont nous faire vivre quelques années chaotiques», explique un militant du secteur Hôtellerie commerce restauration (HCR). Ces difficultés, la Confédération en a bien conscience, mais «ne pouvait pas maintenir le statu quo. Il nous fallait faire le lien entre négociations et élections et oser le pari indispensable de la recomposition et de la simplification», a expliqué Jean-Louis Malys. À ces défis parfois difficiles à relever s’ajoute le manque de moyens ressenti par les militants, que «les patrons utilisent volontiers comme un effet d’aubaine. Ils organisent des élections en sachant qu’il y aura des carences», témoigne l’un d’entre eux.
Autre sujet abordé, la réforme générale des politiques publiques (RGPP) «doit être l’occasion pour la CFDT de prendre une réelle position, notamment sur les questions des conditions de travail (souffrance) et des conditions d’emploi (précarité). Notre organisation doit être présente et offensive». Ce mal-être exprimé par des fonctionnaires «las d’être pris pour des boucs émissaires» est compréhensible, mais sur l’approche quotidienne des salariés, rappelle Jean-Louis Malys, la Confédération ne saurait se substituer à l’Union des fédération de fontionnaires et assimilés (Uffa). «L’angle du travail doit d’ailleurs être privilégié par la fédération, car c’est celui qui déclenchera le plus d’évolutions dans le service public.»
Les retraites sur la table
À une remarque sur les régimes spéciaux, Laurent Berger précise qu’« il ne s’agit pas que les systèmes soient revus, mais que le système soit remis à plat. En passant l’âge de départ à la retraite à 62 ou 63 ans, en allongeant la durée de cotisation à 42 ans, le problème de financement des régimes serait résolu. Si on n’a pas envie de s’embêter, on fait les deux ou trois manifestations qu’il faut, et on laisse passer une telle réforme. Mais les inégalités seront toujours là. »
« Ce qui m’inquiète, c’est surtout la pénibilité », déclare un militant de Pfizer. Laurent Berger rappelle que « nous demandons des départs anticipés pour les métiers pénibles. L’État doit prendre ses responsabilités sur cette question ». « Il faut remettre à plat les mesures prises en 1993, notamment le calcul sur les vingt-cinq meilleures années, qui a entraîné une nette baisse des pensions, estime un militant. Certains n’arrivent plus à vivre de leur retraite. » « Les vingt-cinq ans font partie de la remise à plat que nous demandons, précise Laurent Berger. Nous n’avons cessé de dénoncer ces mesures. »
Réforme des retraites et pénibilté au menu de la rencontre avec François Chérèque
Réunis à Bierville pour leur conseil fédéral le 5 février dernier, 140 militants de la Fédération générale des mines et de la métallurgie (FGMM) ont eu l’occasion de débattre avec François Chérèque du rapport d’activité et de l’avant-projet de résolution, à quatre mois du congrès confédéral de Tours.
Les militants ont exprimé leur inquiétude quant à la réforme des retraites, alors qu’il n’y a aucune avancée sur la pénibilité et que les critères pour bénéficier des carrières longues ont été durcis. «Comment peut-on faire confiance à ce gouvernement pour réformer les retraites dans ces conditions ?», se demande l’un d’eux. «Nous devons obtenir quelque chose sur la pénibilité pour gagner en crédibilité », ajoute un participant. « Notre objectif d’obtenir un minimum retraite équivalent au Smic doit rester d’actualité», complète un troisième.
La volonté de l’organisation d’«interroger ses modes d’organisation» a également suscité de nombreuses interventions. Des militants ont fait part de leur crainte que les syndicats perdent du pouvoir ou que l’organisation interne de la FGMM ne soit remise en question (notamment les Unions Mines Métaux, qui regroupent les syndicats de la métallurgie dans les régions).
François Chérèque a répondu point par point aux questions de la salle, en réaffirmant notamment la volonté de la Confédération de peser dans le débat sur les retraites afin de faire avancer des dossiers comme la pénibilité. Il a en outre précisé qu’il n’était pas question de toucher aux différentes structures de l’organisation, mais de réfléchir à la manière dont ces dernières pourraient mieux travailler ensemble. «Nous n’allons pas demander à un congrès de syndicats de voter pour leur disparition», a-t-il souligné non sans humour.
Les militants franciliens s’interrogent sur la structuration de la CFDT
Les questions et les réflexions autour du projet de résolution du prochain congrès confédéral ont principalement porté sur le fonctionnement de la CFDT et la réforme des retraites.
Un militant des Banques relève ainsi « la volonté de la CFDT de travailler en réseau, mais cela pose la question des moyens. Le droit syndical se réduit dans les entreprises, et les besoins sont de plus en plus importants ». Plusieurs intervenants s’interrrogent sur les conséquences du rapport “Oser le changement ” en termes de structuration. Le rythme du changement inquiète. «Avec une assemblée générale des syndicats en 2012, va-t-on démarrer les travaux tout de suite, façon bulldozer, et demander leur avis aux syndicats dans deux ans ?», demande un militant de la métallurgie. «Nous allons nous mettre au travail dès septembre, pour poser le diagnostic sur notre fonctionnement, mais nous irons ensemble, et pas au bulldozer», répond Laurent Berger.
À propos des retraites, un militant du syndicat F3C (fédération Communication, Conseil, Culture) veut savoir si l’on doit parler d’unification ou d’harmonisation entre les différents régimes. « Attention à ne pas servir une confrontation entre les régimes à un gouvernement qui veut passer en force », déclare-t-il. Laurent Berger rappelle la position de la CFDT sur le calcul des retraites des différents régimes, «clairement et publiquement affirmée par François Chérèque. Quant au gouvernement, soit il décide la guerre éclair, et il nous trouvera en face, soit il décide un large débat dans lequel on s’impliquera, à la place qui est la nôtre».
Les parcours militants au cœur des débats
« Les militants CFDT sont, au même titre que les autres salariés, de plus en plus touchés par les licenciements. Et pour eux, retrouver du travail est souvent plus compliqué parce qu’ils sont étiquetés “ militant syndical ”». Ce témoignage de Brigitte, militante dans la sous-traitance automobile, résume à lui seul l’un des grands sujets d’inquiétude de la CFDT de Basse-Normandie, région industrielle qui subit de plein fouet la crise. Conscient de situation, François Chérèque, venu débattre des textes du congrès avec une centaine de militants, a insisté sur le fait que « le congrès de Tours, comme le montre la partie 3 de l’avant-projet de résolution, sera l’occasion d’un débat sur les parcours professionnels des militants et sur l’utilisation des moyens que la CFDT peut et doit mobiliser pour les accompagner ».
Autre sujet d’interrogation, voire d’inquiétude, soulevé conjointement par Laurent, qui travaille dans l’agroalimentaire, et Bruno, militant actuellement en CRP (convention de reclassement personnalisé) suite à un PSE : «Comment faire fonctionner l’interpro de proximité, indispensable notamment pour venir en aider aux salariés des TPE, avec le tarissement des détachements du fait de la crise ?» Pour le secrétaire général, alors que, «face à la crise, la demande syndicale explose, comme le prouvent les bons chiffres d’adhésion», il est urgent que la CFDT tout entière s’interroge sur le service qu’elle doit apporter à ses adhérents et à ses militants. Et d’ajouter : «C’est bien l’un des challenges du congrès de Tours : avoir un vrai débat sur ce sujet et se dire qu’on a deux ans pour avancer vite. D’où l’Asemblée générale des syndicats en 2012 pour faire un premier bilan.»
Oser le changement et construire de nouveaux modèles
À Lyon, Hervé Garnier est venu débatte avec une trentaine de militants rhônalpins et conjuguer passé, présent et futur. Durant les quatre dernières années, chacun admet que «les dernières négociations interprofessionnelles ont apporté de réelles avancées aux salariés en changeant leur quotidien».«Ces avancées portent la marque CFDT», résume Jean Pierre (Savoie). Cela dit, certains avouent aujourd’hui «se méfier de l’iceberg» et témoignent de «la difficulté à devancer les objectifs cachés des politiques et entreprises qui font du lobbying», comme Danièle, se référant aux «travers du statut d’auto-entrepreneur». L’enjeu, pour la CFDT, consisterait alors à «ne pas nier le statut d’auto-entrepreneur mais de l’organiser, car les statuts évoluent, et on ne sera pas représentatif si on ne tient pas compte de la réalité du salariat». Plus globalement, «il faut changer les périmètres de la négociation et ne plus se limiter au seul périmètre juridique de l’entreprise. Quand une entreprise prend une décision, il ne peut pas y avoir ceux qui ont des droits et ceux qui n’en ont pas», explique Hervé Garnier.
Concernant l’avenir, de nombreuses questions ont porté sur la place à accorder aux jeunes et au renouvellement de l’organisation. À la question de Pierrick (Santé-sociaux de Rhône), «comment opérer un réel changement sur la syndicalisation des jeunes», Hervé Garnier répond par une autre question : «Est-ce qu’on leur laisse la place ?». Et il ajoute : « Il nous faut réinventer de nouveaux modèles d’adhésion spécifiques pour les jeunes et travailler avec eux dans les domaines où ils ont autant que nous légitimité et expérience.»
Premières impressions sur l’avant-projet de résolution
À quatre mois du congrès de Tours, le conseil fédéral d’Interco a débattu avec Laurent Berger, secrétaire national qui portera la résolution. Retraite, fiscalité, égalité entre les hommes et les femmes, statut des fonctionnaires, rôle des syndicats dans l’organisation, les questions et remarques sont nombreuses. Quelques jours à peine après avoir reçu l’avant-projet, ces militants commencent à s’approprier le texte avant de le décortiquer avec leur syndicat.
Si tous ont souligné la clarté et la lisibilité de cet avant-projet, ils ont tout naturellement mis l’accent, lors de la discussion, sur les points qu’ils souhaitaient voir évoluer. Une militante des Pays de la Loire estime notamment que le texte n’est «pas assez fouillé» sur la place du service public. Un autre du Nord-Pas-de-Calais s’interroge quant à lui sur la volonté de négocier une couverture conventionnelle pour les contractuels de l’État qui pourrait fragiliser le statut des fonctionnaires. Une troisième du Languedoc-Roussillon regrette que l’on ne mette pas assez en avant les expériences réussies dans l’organisation.
Laurent Berger a répondu aux questions soulevées en précisant notamment que l’objectif de la résolution n’est pas de remettre en question le travail des militants ou des syndicats, mais de favoriser la diffusion des bonnes pratiques, notamment en encourageant davantage le travail en réseau. «La fédération Interco a une expertise et un savoir-faire indéniables en matière de développement. Notre souhait est que cette compétence puisse irriguer l’ensemble de la CFDT», a-t-il souligné en guise d’exemple, avant d’encourager la salle à proposer des amendements pour enrichir le texte.
François Chérèque ouvre le débat sans tabou
Ils étaient 150 participants, sur les 120 attendus, au Conseil de l’Union régionale interprofessionnelle (Uri) des Pays de la Loire. Cette journée de débat avec François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, sur l’actualité revendicative et les enjeux du congrès s’inscrivait «en point d’orgue d’une semaine de mobilisation à la rencontre des salariés qui continuent de subir la crise et connaissent des difficultés dans leur emploi», a rappelé le secrétaire général de l’Uri, Yvan Ricordeau.
Une bonne façon de commencer l’année, avec des pratiques syndicales renouvelées, et une invitation à faire le travail d’appropriation des textes de congrès et de «jouer le jeu des amendements», a-t-il poursuivi. Les militants ligériens ont saisi l’occasion pour aborder avec François Chérèque des points clés de l’avant-projet de résolution. Sans surprise, les retraites ont été au cœur des questionnements. «On pose le débat dans la CFDT et dans la société pour le trancher collectivement après le congrès», a indiqué François Chérèque. Interruptions de carrière, pénibilité, emploi des seniors, financement, comptes individuels ou système par points, autant de questions qui doivent être soulevées pour aboutir au système « le plus lisible et le moins injuste». Et le secrétaire général de la CFDT de rappeler : «L’objectif principal, c’est de donner des assurances sur la pérennité du système par répartition à la génération qui intègre aujourd’hui le marché du travail.»
Des initiatives se développent. Offrir aux jeunes la perspective d’un système de retraite solide, mais aussi d’un accès à l’emploi, au logement, à la santé, qui détermine leur place dans la société, telle a été l’une des préoccupations fortes exprimées par les militants. Pour répondre à ces enjeux, a fait valoir Daniel Hillion, de Pôle Emploi, «nous devons faire entrer des jeunes dans l’organisation et les mettre à des postes de responsabilité». François Chérèque n’a pu qu’acquiescer à cette volonté, tout en soulignant «qu’on ne peut se poser la question de leur place dans l’organisation sans se poser la question de la durée et du cumul des mandats syndicaux, ce qui suppose de poser celle du parcours professionnel des militants syndicaux». C’est l’un des axes de réflexion proposés par l’avant-projet de résolution pour mettre «l’organisation en mouvement».
Cette perspective de changement est porteuse de multiples implications, à tous les niveaux. Alain Vétillard, secrétaire général de l’Union départementale de la Sarthe, a ainsi témoigné des initiatives qui se développent dans les syndicats pour mieux prendre en compte les salariés des petites entreprises : «Certains organisent des réunions le soir ou le week-end pour ces salariés sans droit syndical». Sur ce sujet comme sur d’autres, il s’agit de «passer de l’expérimentation à une ambition globale plus forte». Tel sera bien l’un des enjeux du congrès de Tours.
