La journée du 11 juin

Deux ans pour mettre le changement en pratique

Expérimenter pour gagner en efficacité et faire de la CFDT le réseau de ses adhérents : telle est l’ambition de la partie 3 de la résolution, que les débats de congrès ont permis de clarifier. Reste à la traduire dans les faits.

Marcel Grignard, secrétaire national © Patrick Gaillardin Tous droits réservés«Que voulons-nous être ? Proche des salariés, de leurs attentes et de leurs difficultés quotidiennes ou nous recentrer sur nous-mêmes au risque de déserter le terrain ?» Cette interpellation du syndicat Services des Alpes du Sud a traversé les sept débats consacrés à la troisième partie de la résolution. Bien que dans l’ombre des très médiatiques amendements sur les retraites, ils constituent la colonne vertébrale de la volonté de la CFDT de «reconstruire l’avenir avec les salariés». Comme l’a rappelé le secrétaire national Laurent Berger dans sa présentation, «faire vivre l’ensemble des objectifs de transformation sociale contenus dans la résolution» suppose une CFDT «soudée et innovante, solide sur ses fondamentaux, efficace et attentive aux salariés, à travers une organisation performante et plus fluide», dans la continuité opérationnelle du rapport “Le syndicalisme à un tournant, oser le changement !”. «Nous allons devoir imaginer, expérimenter davantage de coopération, de mutualisation, de souplesse pour mieux nous adapter aux besoins des salariés, des adhérents et des militants», a indiqué le porteur de la résolution.

Le syndicat au cœur. Le message a manifestement été entendu par les 1 516 délégués appelés à trancher sept amendements en débat. Sur le lien renforcé aux salariés, tout d’abord, qui ne relègue en rien les adhérents au second plan, mais permet de construire des réponses en phase avec les attentes des salariés sans pour autant verser dans l’électoralisme. La représentativité l’exige, a rappelé le secrétaire national Hervé Garnier, car si «les adhérents fondent notre autonomie, ce sont les salariés qui vont construire notre représentativité et qui sont les premiers concernés par nos acquis». Le rejet à 89,4 % de l’amendement du Syndicat chimie-énergie Artois Val de Lys – qui visait à supprimer la référence aux salariés – montre que les délégués sont en phase avec cette volonté de «ne pas avoir raison seuls».
Sur la place du syndicat également, les débats ont été riches. Est-ce les affaiblir que d’autoriser les structures à communiquer directement auprès des militants et collectifs d’entreprise ? Ou de permettre aux sections syndicales de bénéficier d’un référent qui les aide et les accompagne au quotidien, quelle que soit sa structure d’appartenance ? «Faisons-nous confiance et utilisons tous les moyens» à disposition, a argumenté le Synami (Syndicat national des métiers de l’insertion), rappelant que tous les syndicats n’avaient pas les moyens humains et matériels nécessaires pour faire face à l’ensemble des défis qui se posent au syndicalisme et accompagner les militants à hauteur de leurs besoins. «C’est l’esprit d’“ Oser le changement ”, a souligné la secrétaire nationale Anousheh Karvar, que la mise en réseau de nos moyens.» Une manière, aussi, de «renforcer le rôle et la place du syndicat dans son cœur d’activité, qui consiste à capter l’avis des sections pour arbitrer les décisions» .

Hervé Garnier © Thierry Nectoux Tous droits réservésDécloisonnement et solidarité. «Pourquoi se priver d’une aide externe?», a lancé à son tour le syndicat Métaux Haute-Garonne - Ariège, estimant risqué de «s’interdire la possibilité d’une entraide et d’une interconnexion» entre structures. «Il ne faut pas fixer des règles et des modèles figés, a confirmé Laurent Berger, mais s’adapter en fonction des besoins des collectifs d’entreprise, dont le rôle est central» pour capter le réel : «Ne nous enfermons pas dans un carcan statutaire. Donnons-nous les moyens de nous adapter !» Dans les deux cas, les trois quarts des délégués ont apporté leur soutien à ces démarches, qui feront l’objet d’une évaluation d’ici à l’assemblée générale des syndicats à mi-mandat.
C’est dans ce même esprit de mutualisation des ressources et des outils que l’amendement du Secif (Syndicat énergie-chimie de l’Île-de-France) a été adopté à plus de 90 %. « La mobilisation de l’ensemble de l’organisation permet de renforcer l’efficacité, le décloisonnement de libérer la solidarité et l’entraide» , a plaidé le syndicat. L’opération Vivianne à l’automne 2008, les trois jours de mobilisation de la rentrée 2009, les initiatives lancées à destination des salariés des TPE, la campagne saisonniers en sont une éloquente incarnation. «En étant plus solidaires, on est plus efficaces», s’est exclamé Hervé Garnier, rappelant que c’était l’un des axes des expérimentations qui seront menées tous azimuts d’ici à l’AG de 2012. Mais le secrétaire national n’a pas caché que cela n’allait pas de soi et que, sur cette question comme sur d’autres, il ne suffirait pas de se payer de mots : «Mutualiser, c’est accepter de donner du temps et des moyens pour les autres. Cela suppose d’accepter de se remettre en cause.»

Le réseau de la CFDT. Si l’ambition d’une mixité proportionnelle au champ fédéral couvert a été suivie par une majorité de délégués (83%) pour faire progresser la place des femmes dans l’organisation aux postes de responsabilité, jusqu’à ce que la mixité s’impose d’elle-même, deux autres débats ont été nettement plus controversés. Le mandatement du Bureau national afin d’engager une réflexion sur la réorientation de certaines aides d’entreprises vers l’adhésion syndicale, contesté par le Syndicat chimie-énergie Bretagne, n’a convaincu que 63,9% des porteurs de mandat(s). Sans doute faut-il y voir la marque de la défiance à l’égard du patronat, dont ont témoigné de nombreux militants lors de leurs interventions sur le rapport d’activité. Sans nier la complexité d’une telle démarche, y compris dans la négociation avec les autres organisations syndicales, le secrétaire général adjoint de la CFDT a estimé qu’il y avait là «l’opportunité de franchir un cap dans la syndicalisation en créant une aide à l’adhésion».
Mais c’est la mise à l’étude d’un service d’accueil centralisé des adhérents qui a été l’article le plus controversé de cette résolution – avec la crainte, exprimée par le syndicat Interco de Loire-Atlantique, de se voir dépossédé de son étroit rapport au terrain. Le Syndicat santé-sociaux de la Nièvre y a au contraire vu l’occasion de jouer la carte de la complémentarité en levant les cloisonnements qui sont autant de freins à l’adhésion ou à la fidélisation des adhérents. Selon le secrétaire national Hervé Garnier, un tel service doit précisément mettre à la disposition des adhérents « la richesse de l’organisation, celle de son réseau et de la compétence de ses militants » : «Les réponses qu’on leur propose ne peuvent être saucissonnées en fonction de nos règles organisationnelles.» L’ambition est de taille : il s’agit rien de moins que de faire de la CFDT «le réseau de solidarité de ses adhérents» En refusant à 52,2% la suppression de ce projet, la salle a donné le feu vert à une mise à l’étude d’ici à l’AG de 2012.
Ce rendez-vous sera l’occasion, pour l’ensemble des syndicats de la CFDT, «de mesurer l’efficacité des nombreux chantiers et expérimentations que nous aurons ouverts, a rappelé Laurent Berger. Ces objectifs concernent toute la CFDT, toutes les structures, tous les niveaux de l’organisation. Chacun aura sa place et il y aura de la place pour chacun. Car oser le changement ne se décrète pas, ça se construit » . Mais il y a urgence à agir. Car 2012, c’est déjà demain. Osons !

Le congrès en différé sur la Web-TV

· Proclamation des résultats de l'élection à la Commission exécutive et fin des débats sur la résolution générale (amendements 18 à 22) (vendredi 11 juin de 8h30 à 10h)

· «La Minute du congrès» du 11 juin, le journal quotidien de la rédaction en images.

Pour voir (ou revoir) la retransmission en différé de l'intégralité des 5 jours de débats et toutes les minutes du congrès sont accessibles depuis la page d'accueil et sur la Web-TV.

Les textes sur la résolution

· La résolution adoptée (format PDF, 6,11 Mo)
· La présentation de Laurent Berger (format PDF (537 Ko)
· La liste des 22 amendements en débat (format PDF, 2,7 Mo)

Les articles de CFDT Magazine

• L'orientation pour 2010-2014 : reconstruire le pacte social
• Procédure d'amendement : les syndicats débattent de l'orientation
 Consulter les articles du Magazine n°365 de juillet/aoû 2010 (format PDF, 2,66 Mo)

 
 
Aurélie Seigne - 06 juillet 2010 © CFDT