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Cet article a été imprimé depuis le site CFDT 47e congrès (Tours ; 7-11 juin 2010) (http://www.cfdt-congres-2010.fr)

Juin 2006-juin 2010 : retour sur quatre années d'activité CFDT

Le congrès de Grenoble (juin 2006)  © CFDT Tous droits réservésLa dynamique de Grenoble
Le congrès de Grenoble en juin 2006 a été consensuel. Après le contrat première embauche (CPE) et la mobilisation intersyndicale qui a fait reculer le gouvernement de Dominique de Villepin, la CFDT se félicite qu’une loi sur le dialogue social affirme que toute modification du Code du travail doit être négociée ou concertée avec les partenaires sociaux.
Lors du congrès de Grenoble, la CFDT, visionnaire, attire l’attention des pouvoirs publics sur la financiarisation de l’économie, la place trop importante du jeu boursier au détriment de l’investissement productif. La résolution porte essentiellement sur la sécurisation des parcours professionnels, le contrat de travail, le développement durable, les services publics, la représentativité syndicale, les retraites et le syndicalisme d’adhérent.

Élection de Sarkozy, un changement de style
En mai 2007, l’élection présidentielle porte Nicolas Sarkozy au pouvoir. Commence une hyperprésidence qui, au plan social, s’amorce par un contact direct entre les dirigeants des confédérations syndicales et le président. Lors de sa campagne, le candidat de l’UMP avait promis un contrat de travail unique. Très vite, le Premier ministre, François Fillon, le met en musique avec un bémol de taille. Il renvoie la promesse électorale sur les partenaires sociaux, charge à eux, dans un temps limité, de trouver un accord.
La CFDT, devant une attitude parfois cafouilleuse du pouvoir, réclame un agenda social pour mieux préparer les échéances et garantir un dialogue social qu’elle appelle de ses vœux.
Si le temps n’est pas encore venu de faire un bilan du quinquennat au plan social, force est de constater que la concentration du pouvoir à l’Élysée retire au ministre en charge des Affaires sociales une nécessaire marge de manœuvre. Quatre ministres se sont succédé en trois ans, un record.

Négociation sur la modernisation du marché du travail
Après de longues négociations entre syndicats et patronats, la CFDT annon­ce, le 17 janvier que le Bureau national à l’unanimité décide de signer l’accord sur la modernisation du marché du travail. Marcel Grignard, secrétaire national de la CFDT, peut se féliciter d’une avancée en tous points con­forme avec les résolutions des congrès de Nantes et de Grenoble sur la sécurisation des parcours professionnels qui trouve là une illustration concrète. Des mesures sont prises:  améliorer l’insertion des jeunes dans l’emploi, création d’un contrat à durée déterminée à objet défini, rupture conventionnelle qui garantit au salarié des indemnités et la possibilité de s’inscrire à l’assurance chômage, sécurisation des parcours professionnels…
Dans le même esprit, la CFDT signe l’accord sur la formation professionnelle, décision cohérente avec sa volonté de «former plutôt que licencier».

Représentativité, pour un syndicalisme plus fort
En avril 2008, la CFDT, la CGT et le Medef signent «une position commune» sur la représentativité. Il s’agit d’un enjeu très important pour l’avenir du syndicalisme et du dialogue social dans notre pays. Les règles de représentativité qui dataient de l’après-guerre sont mises à jour, on privilégie l’élection dans l’entreprise et les organisations qui n’atteignent pas 10% sont déclarées non représentatives. De plus, la position commune codifie l’accord majoritaire.
Pour entrer en vigueur, ce texte doit être transposé au niveau législatif. Le gouvernement provoque une crise de confiance avec la CFDT et la CGT en décidant d’adjoindre au texte sur la représentativité des dispositions qui individualisent le temps de travail. Décision purement idéologique pour plaire à sa majorité qui veut sa revanche sur les 35 heures sans le dire clairement. Le 17 juin, des manifestations se déroulent à Paris et en province pour exprimer l’attachement des salariés à la notion collective du temps de travail. La CFDT s’inquiète de la dégradation des conditions de travail qui découlent de ce projet.

La crise, une nouvelle donne
En janvier 2008, le Parlement vote la loi Tepa qui créé le bouclier fiscal, instaure la défiscalisation des heures supplémentaires… décisions que la CFDT critique vivement. Avec la crise qui survient à l’automne 2008 aux Etats-Unis, puis très vite en Europe, ces mesures semblent de plus en plus décalées, injustes et anachroniques. Les entreprises annoncent des plans sociaux qui tombent les uns après les autres provoquant une forte inquiétude chez les salariés. Le président fait des discours sur le rôle de l’Etat et sur la nécessaire solidarité sans être réellement crédible.
Les syndicats refusent que les salariés soient les seuls à payer une crise dont ils ne sont pas responsables, alors que le gouvernement investit des sommes considérables pour sauver le système bancaire.
À partir de janvier 2009, puis en mars et juin, l’intersyndicale appelle à de grandes manifestations qui rencon­trent un franc succès.
Lors d’un sommet social, la CFDT plaide avec succès pour la création d’un Fonds d’investissement social (Fiso) et une politique de formation qui va dans le sens d’une sécurisation des parcours professionnels. Dans le même temps, le gouvernement accepte d’étendre l’accès au chômage partiel. Dans cette période, la CFDT participe à la lutte contre les paradis fiscaux.

L’intersyndicale, une aspiration à l’unité
D’enquêtes d’opinion en sondages, il apparaît que les salariés aspirent à ce que les syndicats travaillent le plus souvent possible ensemble. Lors du conflit contre le CPE, l’unité syndicale a été un facteur important dans la mobilisation et le résultat obtenu.
Avec la crise financière et économique, qui se transforme rapidement en crise sociale, la voix unie des syndicats porte. La CFDT joue un rôle majeur pour la cohésion d’une intersyndicale composée d’organisations qui n’ont pas toutes les mêmes objectifs.
Cette intersyndicale a pu s’exprimer d’une seule voix lorsque cela était possible en préservant la liberté de chacune des organisations d’agir selon ses convictions Ainsi le Bureau national de la CFDT décide de signer seul l’accord sur l’assurance chômage. La CFDT considère qu’il constitue une avancée pour les demandeurs d’emploi sans que ne s’engagent, comme ce fut le cas par le passé, des polémiques stériles.

La CFDT sur la scène internationale
Très engagée dans la construction européenne, la CFDT vit ces quatre années avec la volonté de privilégier la dynamique communautaire au lieu de céder aux penchants naturels qui mettent en valeur plutôt l’intergouvernemental. La Confédération européenne des syndicats (CES) n’est pas exempte de cette démarche qui tend à privilégier les intérêts nationaux.
La CFDT salue la création de la confédération syndicale internationale, la CSI, dont le congrès fondateur à Vienne en 2006 a montré sa capacité à réunir en son sein 312 organisations de 157 pays et plus de 170 millions de salariés adhérents. L’un des axes majeurs de la CSI, outre la lutte pour le travail décent, a été l’exigence d’une réelle régulation pour assainir les relations financières et boursières dans le monde, cause de la crise économique et sociale.

Conditions de travail, sécurité au travail, une exigence
Dans la résolution au congrès de Grenoble, le thème de la vie au travail, des conditions de travail, la lutte contre toutes les discriminations est largement traitée.
La CFDT, durant ces quatre années, avance sur cette question essentielle devenue au fil des mois la «une» de l’actualité. Dans le privé, la volonté des entreprises et des actionnaires d’augmenter la productivité et de diminuer le nombre de salariés provoque des tensions au travail et des troubles psychosociaux. On n’a jamais autant parlé ces dernières années de la question du stress au travail. Les suicides de France Télécom, chez Renault, mais aussi dans les Fonctions publiques portent une lumière crue sur les souffrances au travail.
La décision de supprimer un fonctionnaire sur deux partant en retraite et la manière dont est tranchée sans concertation la révision des politiques publiques, ag­gravent les conditions de vie et de travail des fonctionnaires aussi bien ceux de l’Etat que les territoriaux ou les hos­pitaliers. Le manque d’effectifs alourdit les tâches, augmente la pénibilité et pèse sur la qualité des services publics.

RSE, développement durable, mode de croissance
En rappelant que les employeurs ont une responsabilité vis-à-vis de leurs salariés mais aussi de leurs clients ou usagers, face aux défis sur l’environnement, la CFDT en appelle à la responsabilité sociale des entreprises ( RSE) qui doivent faire preuve d’une éthique dans toutes leurs activités. Cette approche modifie la gouvernance de l’entreprise (y compris en matière de revenus pour les cadres dirigeants) Plus largement, la prise en compte du développement durable ne peut être considérée comme un supplément d’âme ou un objet de marketing, mais doit exprimer dans les actes la volonté de réinventer un nouveau modèle de croissance.
De ce point de vue, la CFDT participe activement aux débats sur le réchauffement climatique et aux Grenelle de l’environnement. Egalement présente à la conférence de Copenhague qui, certes ne fut pas un succès, mais a permis malgré tout une prise de conscience mondiale des enjeux auxquels nous sommes tous confrontés.

Les relations entre la CFDT et ses militants, ses adhérents et les salariés
La Confédération CFDT fait le constat de la désaffection des électeurs au scrutin prud’homal où elle essuie un revers. Déjà avant cette élection, elle prend conscience de la nécessité de rapprocher les militants et les adhérents des différents niveaux (fédéraux, régionaux et confédéraux). Plusieurs actions de proximité sont menées à l’instar des «40 débats» avant le congrès de Grenoble. Au cours de ces quatre ans, François Chérèque et les autres secrétaires nationaux multiplient les rencontres avec les militants et les salariés. La crise accélère cette démarche. A l’automne 2009, tous les responsables de la CFDT parcourent la France à l’écoute des salariés en difficulté, victimes de plans sociaux ou inquiets de voir les carnets de commandes de leur entreprise fondre à vue d’œil.
En décembre de la même année, ce sont près de 2000 délégués centraux qui témoignent sur les conditions de vie et de travail.

Chômage et emploi, le point noir de la période
L’emploi redevient la préoccupation première des salariés, pour eux et pour leurs enfants. Premiers touchés, les intérimaires ont payé un lourd tribut.
La France atteint presque 10% de taux de chômage et une aggravation nette du travail précaire et du travail à temps partiel contraint. De plus, la France est le pays d’Europe qui cumule deux handicaps: le taux d’emploi des jeunes est bas tout comme celui des seniors… Ces deux handicaps se révèlent un facteur négatif pour les entreprises et un manque à gagner pour les comptes de la protection sociale (santé et retraite). Comme le déclare François Chérèque «la question de l’emploi est déterminante pour le financement des retraites».
Enfin, lors de ce mandat, la fusion entre l’ANPE et les Assedic est mise en œuvre. La CFDT considère qu’un guichet unique peut être un progrès pour les demandeurs d’emploi. Mais l’augmentation du nombre des chômeurs et le management qui préside à cette fusion posent de sérieux problèmes de vie au travail pour les salariés de Pôle emploi.

La justice sociale, le fil rouge
Durant ces quatre années, comme d’ailleurs avant 2006, la justice sociale a été et reste l’exigence première de la CFDT. Entre 2006 et 2010, les inégalités s’aggravent d’une manière considérable. Les plus riches peuvent bénéficier du bouclier fiscal, des stock-options, des retraites chapeaux et des parachutes dorés! Au bord de la route, de plus en plus de précaires, des sans-papiers aux familles monoparentales qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.
Certes, le RSA est une bonne idée, même si les jeunes en étaient au départ globalement exclus. La CFDT salue cette initiative. Lors des sommets sociaux, elle est parfois à l’initiative pour pousser à la hausse les minima sociaux, et pour que le million de fin de droits suite à la crise puisse percevoir une allocation.
La justice sociale, c’est une fiscalité plus juste. La CFDT demande l’abrogation de la loi Tepa et du bouclier fiscal et la création d’une tranche d’impôt supplémentaire.
La justice sociale, c’est aussi l’accès des salariés des TPE et PME aux comités d’entreprise ou à des salaires décents. C’est aussi l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, la lutte contre toutes les discriminations sociales, sexistes, homophobes ou racistes.
La lutte contre les inégalités s’entend aussi, évidemment, en termes d’espérance de vie, un des paramètres qui doit être intégré au débat sur la réforme des retraites.

publié le 06 juin 2010 par Henri Israël et Nicolas Ballot

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